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Alexandre Jardin est venu compter les « zèbres » niçois

« Ils ont l’air très sages, comme ça, mais je vais vous demander de me couper la parole ! » Smartphone en main pour assurer le direct-vidéo sur sa page Facebook, ce mercredi soir, à Nice, l’auteur-cinéaste Alexandre Jardin est venu filmer (et exacerber) les bonnes volontés. Depuis de longs mois, c’est moins pour promouvoir son art que pour parler et reparler de son mouvement citoyen Bleu-Blanc-Zèbre que le Parisien arpente les plateaux télé et les régions de France. Lancé en 2015, son « Do-Tank » (en opposition aux « Think-Tank ») a pour ambition de mettre en route une « révolution positive » qui s’appuierait sur les compétences et les idées des citoyens. Mission : changer radicalement la société. Ces « faizeux » ou ces « zèbres », comme il aime les surnommer, Alexandre Jardin a entamé un vaste tour de France pour les « compter ». Si le mouvement revendique et répertorie déjà sur son site un regroupement de « 200 opérateurs de la société civile » (associations, fondations, fonctionnaires, mairies, mutuelles, entreprises…), l’heure est venue pour lui d’étendre son maillage partout en France, en proposant à des motivés de créer près de chez eux leur Maison des Citoyens et d’animer leurs propres réunions pour fédérer les zèbres en devenir.

Révéler le « génie du pays »

Dans les Alpes-Maritimes, c’est Yann, un développeur, qui a eu spontanément envie de s’y coller, vite rejoint par Yoana et Andrée. Ils sont les administrateurs de la Maison des citoyens de Nice. « J’ai juste trouvé que son idée était bonne. J’ai eu envie de la relayer. Alors, on a organisé cette réunion au Court-Circuit, ouvert une page Facebook« , explique Yann, simplement. « Pour ce premier rendez-vous, j’ai envoyé il y a 15 jours un message à Bleu-Blanc-Zèbre pour savoir si Alexandre Jardin pourrait être présent et on m’a répondu que… oui ! », raconte, quant à elle, Andrée.

En cette fin de journée d’automne, au Court-Circuit, le café associatif niçois engagé de la rue Vernier, une soixantaine de personnes a convergé vers cette « Maison » en devenir, le temps d’une discussion informelle d’une heure, à bâtons rompus. Objectif premier d’Alexandre Jardin et de son mouvement : « se compter » et mesurer ainsi l’ampleur des bonnes volontés hexagonales prêtes à entrer dans la danse. « Si vous êtes absolument enchantés par l’actualité politique et le soap-opera que vous voyez à la télé, ne vous comptez pas. Aujourd’hui, en France, on est plus de 50 000 à s’être déjà comptés. C’est beaucoup mais si on ne fait pas en sorte de faire monter ce chiffre, on ne sera pas considéré », prévient Alexandre Jardin, qui aimerait révéler « le génie du pays » . « A travers ces associations, ces fonctionnaires, ces entrepreneurs qui se démarquent », « cette France qui passe à l’acte (…) pour l’heure absente de tous les programmes politiques », ajoute le Zèbre-en-chef.

« Pas d’entre-soi associatif »

Les jalons posés, le grand agite-méninges peut commencer. Dans le café déjà, les voix s’élèvent. « J’ai arrêté mon activité professionnelle pour monter une plateforme nationale de jardins partagés en ville », se lance une spectatrice. Et un Grassois d’enchaîner pour présenter son initiative « Passeurs de livre », qui sème depuis 3 ans des ouvrages gratuits dans les rues d’une trentaine de communes du département. Média indépendant, Observatoire des médecines non conventionnelles monté sous l’égide de la Faculté de médecine de Nice, vitalité du débat à Nuit debout place Garibaldi, initiative étudiante… Les bonnes idées fusent, s’égrainent, s’échangent, s’entrechoquent… « L’intelligence est absolument partout. Sortons de nos milieux ! », s’enthousiasme Alexandre Jardin, exhortant le mouvement « à ne pas rester fermé sur de l’entre-soi associatif », « à s’ouvrir sur le monde de l’entreprise, de la santé, sur les fonctionnaires, prof’, gendarmes, policiers qui ont eux-aussi de bonnes idées », à « détecter partout les faizeux » et à les ramener à la prochaine réunion.

Du candidat de Koh-Lanta à l’artisan…

D’un ex-finaliste de l’émission Koh-Lanta, remonté à bloc pour montrer à sa manière les faizeux sur sa chaîne YouTube, au monde de l’artisanat, incarné par cette Azuréenne venue crier sa détresse face à la mort du petit commerce et au poids du RSI…  et fustiger au passage « un président de la Chambre des métiers du 06 qui vient d’être élu avec les voix de 6,4% des artisans azuréens »; en passant par des étudiants, des entrepreneurs, des retraités… A en croire la diversité qui s’est levée à Nice ce mercredi soir, la Maison des citoyens azuréenne a de beaux jours devant elle. Et si le cercle des zèbres doit encore s’agrandir, Alexandre Jardin soumet déjà la possibilité de passer à la vitesse supérieure, « en envisageant collégialement la création d’un parti ».

Bientôt un parti « zèbre »  ?

« Aujourd’hui, les politiques veulent prendre le pouvoir pour le garder. Nous, nous voulons le prendre pour le rendre aux citoyens », résume celui qui ne s’empêche pas, pour faire avancer les actions du mouvement, de discuter avec des élus locaux. A l’instar de la région Paca, avec laquelle il vient de signer un accord pour mettre en oeuvre des solutions Made in Bleu-Blanc-Zèbre pour l’emploi, juteuse subvention à l’appui… Pas une compromission pour l’auteur, plutôt une sorte de technique du Cheval de Troie afin de tisser un maillage territorial et faire, toujours faire, loin du centralisme élyséen qu’il débecte. « On discute beaucoup avec les présidents de région. Ils sont souvent totalement schizophrènes. Ils croient à des logiques territoriales et non plus au centralisme. En off, beaucoup nous avouent ne plus croire aux logiques politiques, tout en étant encartés eux-mêmes dans des partis… », glisse-t-il.

Pour revoir les échanges en intégralité sur Facebook live, rendez-vous sur la page La Maison des Citoyens de Nice 

Ressources Magazine N°5

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Au sommaire de ce numéro

  • Rencontre / Pinar Selek
  • Dossier / Attentat de Nice, Penser les plaies et l’après
  • Le Point sur/ Les abeilles
  • Environnement/ Malaussène, Le petit village qui lutte contre le géant du gaz
  • Social / L’Écosystème coworking fertilise la Riviera
  • Social / Une école pour mettre les chômeurs en mode sans échec
  • Économie/ L’économie circulaire à l’assaut des zones industrielles
  • Monaco/ Solar Impulse, La promesse faite à demain
  • Livres
  • Agenda
  • Billet d’humeur du Ficanas / Tante Jeanne part aux primaires

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A Antibes, Pierre Rabhi accueilli en rock star

Une file d’attente serpentant sur plusieurs dizaines de mètres autour du palais des congrès d’Antibes, où l’on patiente à coup de sandwichs, de cafés, emmitouflés dans des manteaux d’hiver. A l’intérieur, une salle pleine deux heures avant le début de l’événement. Et une foule de spectateurs assis en tailleur devant des écrans, à même le hall, pour assister à une retransmission en live. Ce samedi après-midi, la conférence, organisée par la municipalité antiboise dans le cadre de son cycle « Demain, l’humain », a pris des allures de concert de variét’, les reventes de billets à prix prohibitif en moins (gratuité oblige). Ce n’est pourtant ni un Johnny ni un Maître Gims qui a fait bouger tout ce beau monde à l’heure de la sieste en plein week-end mausade mais un petit bonhomme – pantalon en velours de prof d’histoire-géo – posé dans un fauteuil deux fois plus large que lui. Lui, c’est Pierre Rabhi. Ex-ouvrier venu d’Algérie, devenu paysan ardéchois et, depuis plusieurs décennies, chantre français de l’agro-écologie et du retour à la terre, créateur du mouvement Colibris, de l’association Terre et Humanisme… Et c’est de tout cela qu’il est venu causer. Une parole qui a visiblement essaimé. En 2009, dans la même salle, celui que l’on présente désormais comme un penseur, voire un philosophe, réunissait 950 personnes. Ce week-end, il a doublé la mise, assure-t-on du côté de l’organisation.

« Pierre Rabhi, on sait qu’il a été associé au documentaire Demain, même si on ne l’a pas encore vu. Mais on ne le connait pas vraiment. Il y a cet effet buzz qui nous a donné envie de venir. Et puis l’écologie, c’est un sujet qui nous intéresse alors on avait envie d’écouter ce qu’il a à dire », expliquent Marie et Mathieu, un couple de trentenaires, cadres à Sophia-Antipolis, avant le début de la retransmission. Un discours qui aurait fait plaisir à Edith, posée un peu plus loin, 20 ans de plus au compteur et déjà convertie à la vision de Rabhi. « Je crois en lui pour changer le monde. Et de voir autant de personnes, surtout des jeunes, aujourd’hui, c’est impressionnant. Parce que c’est grâce à eux que les choses vont bouger. A notre âge, nous plantons les graines que les générations d’après feront germer », lance cette Niçoise.

Ni « gourou », ni « saint » (« j’ai laissé mon auréole à la maison », blague-t-il), pendant plus d’une heure, Pierre Rabhi a égrainé son parcours et partagé les fondamentaux de sa pensée pour une autre société, loin du tout consommation. En pointant au passage les inepties inventées par la nôtre. « La science qui fait du bien mais aussi du mal (…), qui soigne et invente les bombes nucléaires », « l’éducation qui privilégie la compétition à la coopération », « la dualité du monde » qui veut que l’on cloisonne tout, que l’on invente « des frontières, des idéologies », qu’on ne soit pas capable de se parler… dans un wagon de TGV; la modernité qui préfère la rationalité et oublie la poésie, les êtres humains trop chers que l’on remplace par des machines; ce « 1/5ème de la population planétaire qui en consomme 4/5ème des ressources »… Un tableau noir que le bonhomme colore inlassablement de ces alternatives, comme la création d’éco-lieux, l’entraide, le retour à la terre et à l’agriculture biodynamique, la sobriété heureuse… « Mais il ne suffit pas d’avoir des alternatives pour changer. Il faut que l’humain se change. On peut manger bio, recycler son eau et exploiter son prochain », lance-t-il.

Et s’il n’a fait que convaincre d’avantage ses aficionados, Pierre Rabhi a aussi ouvert quelques consciences. « On sort plutôt enthousiastes ! Cela fait un moment qu’on se dit qu’on veut un jardin, que j’aimerais me lancer dans une épicerie en vrac… C’est le genre de discours qui donne envie de passer des idées aux actes », juge Marie, la trentenaire cadre à Sophia.

 

 

« Demain »… c’est maintenant : au TNN, l’avant-première du film fait salle comble

Samedi 26 septembre 2015, salle comble à 20h au Théâtre National de Nice. Un public aussi motivé que mélangé est venu assister à l’avant-première du film de Cyril Dion et Mélanie Laurent : DEMAIN. Le titre du film autorise d’emblée une lecture neutre de notre avenir. Demain, le pire comme le meilleur peuvent advenir. Conçu comme un documentaire habilement scénarisé, le film s’appuie en effet sur une étude scientifique laissant entrevoir la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100. L’urgence, la ligne rouge, se situerait plus près encore : à 20 ans. L’humanité du XXIème siècle se préparerait ainsi à vivre, par sa propre action, à la sixième extinction massive d’espèces depuis l’apparition de la vie sur la Terre. Mais le film ne s’attarde pas sur cette perspective qui invite à la paralysie, au fatalisme, au renoncement. Une équipe de quatre personnes est partie au quatre coins de la planète recueillir les témoignages d’expériences alternatives permettant de dessiner un autre demain. Le film inspecte ces initiatives, ces expériences, autour de ces cinq thématiques fondamentales que sont l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. Des fermes urbaines de Detroit (USA) au mouvement des Incroyables Comestibles parti de Todmorden (Grande-Bretagne), de l’objectif Zero Waste de San Francisco au Mouvement des Citoyens en Islande, une passionnante exploration sur dix pays.

Très bien écrit et équilibré, le film ne tombe jamais dans le pathos ni le sensationnalisme. On en ressort avec ce sentiment double actuellement partagé par beaucoup : une inquiétude réelle quant à cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, la conscience qu’il est toutefois permis encore de s’engager dans de nouvelles voies, de nouveaux paradigmes salvateurs. Une humanité en transition à laquelle des pionniers du monde entier offrent des solutions concrètes généralement pétries de bon sens. Certes, comme le dit cet homme en plein labour dans une ferme urbaine de Detroit : il faudra peut-être juste savoir évacuer la vision romantique que nous avons parfois du retour à la terre. Il va falloir se retrousser les manches, et la démarche de transition n’est précisément pas un temps de confort. A la fin du film, long standing ovation dans la salle. Cyril Dion et Mélanie Laurent se prêtent au jeu des questions et réponses. A Nice, et sur la région plus largement, les initiatives ne manquent pas. Mais elles restent timides ou peu suivies. Ou simplement isolées. Irina Brook nous invite à les rassembler, à les fédérer. A la sortie, nous laissons tous nos adresses mail aux guichets du théâtre. La Côte d’Azur est-elle prête à s’engager dans la transition autrement qu’en ordre dispersé ? Une seule certitude : Nous ne pouvons plus attendre Demain pour y penser…

Sortie officielle du film : 2 décembre 2015
Avant-première à Mouans-Sartoux le 2 octobre à La Strada

Teaser du film
Capture d’écran 2015-09-29 à 12.46.51

Crédit Photo : Cyril Dion

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