Nice

Plaine du Var : le transfert du MIN devant la justice

Le tribunal administratif de Nice examinait ce mardi matin le recours formé par plusieurs associations contre le transfert du Marché d’intérêt national, le MIN produits alimentaires et fleurs de Nice, sur la commune de La Gaude, dans la basse vallée du Var. Après une audience assez brève où les parties ont tout de même pu avancer leurs arguments, le tribunal a mis son jugement en délibéré sous trois semaines. Il faudra donc laisser passer les fêtes pour voir si ce transfert, pierre angulaire de l’Opération d’intérêt national de l’Eco-Vallée de la plaine du Var, est retoqué.

Que reprochent le Collectif associatif pour des réalisations écologiques (Capre 06) et la Fédération nationale de l’environnement (FNE) à cet arrêté pris le 7 décembre 2015 par la préfecture à la demande de la Métropole Nice Côte d’Azur ? D’avoir négligé, avant cette autorisation de transfert, de mener une étude d’impact sur l’environnement. Le rapporteur public, premier à s’exprimer, a d’abord balayé les arguments avancés par la préfecture et la Métropole qui remettaient en cause l’intérêt à agir de ces deux associations. Sur le fond, il a rappelé que le projet de nouveau MIN situé à La Baronne, sur la rive droite du Var, avait prévu sur 13 hectares d’accueillir pas moins de 90 entreprises, avec toutes les infrastructures logistiques et routières indispensables à son fonctionnement. Et le rapporteur public a clairement été dans le sens des plaignants, en affirmant que « le défaut d’étude d’impact constitue une irrégularité substantielle de procédure » dans une zone classée Natura 2000, avant de conclure en demandant « l’annulation de l’arrêté et le versement aux associations de la somme de 2 000 euros ».

« Intervenir avant qu’ils construisent »

Serge Castel, directeur départemental des territoires et de la mer, représentant de la préfecture, a alors tenté de convaincre le tribunal que « l’arrêté préfectoral ne fait qu’acter un principe de transfert », ajoutant que « le PLU de La Gaude a fait l’objet d’une étude environnementale » et que le futur PLU métropolitain fera lui aussi l’objet d’une telle étude. Même argument pour la défense de la Métropole qui a souligné que le permis de construire du futur MIN ne pourra se passer d’une étude d’impact « beaucoup plus poussée », avec les bâtiments frigorifiques et les accompagnements routiers qui sont prévus, et plaidant pour que « l’étude d’impact soit placée au bon moment » mais pas maintenant, « très en amont ».

Cette question du timing est bien la pierre d’achoppement du débat, comme le rappelait après l’audience Sylvie Bonaldi, la représentante de Capre 06, qui avait déjà obtenu en juin dernier devant la justice administrative l’annulation du Plan stratégique d’orientation (PSO) de l’Eco-Vallée. « On intervient justement en amont pour qu’ils n’aient pas le temps de construire et de faire seulement après l’étude d’impact, comme cela a déjà été le cas ailleurs dans la plaine du Var », expliquait-elle.

Derrière cette bataille juridique, deux visions du développement s’affrontent. D’un côté, la Métropole et l’Etat, engagés au nom de l’économie et de l’emploi dans une vaste opération d’aménagement de la plaine du Var qui passe impérativement par ce déménagement du MIN. En quittant son emplacement actuel, à proximité de l’aéroport, il libèrera un espace pour le projet de « Grand Arénas », qui doit comporter des bureaux et un centre des congrès géant. Les associations dénoncent au contraire cette boulimie de mètres carrés de bureaux à caractère purement spéculatif, selon elles, et, au-delà, plaident pour le maintien de terres agricoles dans la basse vallée du Var. En rappelant, au passage, que la Directive territoriale d’aménagement (DTA), seul texte opposable aux décisions de l’Etat, prévoie la compensation d’un total de 70 hectares de terres agricoles entre La Gaude et Saint-Jeannet et que pour l’heure, le compte n’y est pas, certaines terres proposées en compensation n’étant tout simplement pas, selon ces militants associatifs, cultivables.

Texte et photo : Vincent-Xavier Morvan

Juste solidaire ou « idéologue » ? Il encourt 8 mois de prison pour aide aux migrants

Cédric Herrou, simple citoyen, solidaire de la détresse d’autrui ou « idéologue », souhaitant sciemment se poser en « martyre judiciaire » ? C’est la cruciale question à laquelle devra répondre la présidente de la 7ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Nice d’ici au 10 février 2017. Pour trancher, celle-ci s’appuiera sur les quatre heures d’audience qui ont occupé, ce mercredi 4 janvier, le palais de Justice de la capitale azuréenne où comparaissait cet agriculteur de 37 ans, installé dans la Vallée de la Roya et devenu l’un des visages les plus emblématiques de l’aide aux réfugiés bloqués à la frontière italienne.

Tendre la main ou tourner la tête ? 

Plus que le procès d’un homme, c’est d’une affaire de lecture, de vision, tant de la justice que du monde et de la société dans lesquels nous vivons, dont il s’agit là. Car, depuis plus d’un an, rien ne clive tant le débat public que le sort qui devrait être réservé aux personnes fuyants leur pays pour rejoindre l’Europe sur ces rafiots-roulettes-russes bravant la Méditerranée. Accueillir ou refouler ? Tendre la main ou tourner la tête ? Une chose est sûre : débarquées dans le Sud de l’Italie, ces populations sont en tous cas bien là, fuyant majoritairement l’Érythrée (et son service militaire à vie), le Soudan (dont certaines régions sont en guerre depuis la fin des 80’s) mais aussi le Tchad, le Nigeria, etc. En 2016, selon l’Organisation internationale pour les migrations, elles étaient 179 523 à arriver par la Botte tandis que 4 400 trouvaient la mort avant d’avoir pu mettre pied sur ces rivages.

Il y a quelques mois, ce sont justement les destins chaotiques d’une poignée de ces « migrants », selon la formule consacrée, qui ont croisé celui de Cédric Herrou, au quotidien jusqu’alors rythmé par la collecte et la vente d’œufs et d’olives. A Nice, les actes qui lui sont reprochés et lui ont valu son baptême de la justice sont les suivants  : « avoir, à Tende, courant octobre 2016, (…) en les transportant depuis Vintimille jusqu’en France, en les hébergeant à son domicile puis en les transférant sur une autre propriété privée aux fins d’hébergement, facilité l’entrée, la circulation et le séjour irrégulier de plusieurs étrangers se trouvant dépourvus de titre de séjour (environ 200) sur le territoire national »; mais aussi de s’être, durant le même mois et dans cette même commune, « installé (…) sur [un] terrain appartenant à la SNCF », sans droit ni titre. Des derniers faits évoquant l’occupation, par des membres d’un collectif associatif dont l’agriculteur, d’un bâtiment désaffecté de la SNCF, situé à Saint-Dalmas-de-Tende, afin d’y loger 57 migrants (dont 29 mineurs) et de palier l’absence de centre d’accueil et d’orientation dans le département.

(c) Franck_Terlin

« Mon inaction me rendrait complice »

Tandis que plusieurs dizaines de soutiens s’amassent sur la place du Palais, à la barre, l’Azuréen, qui dispose aussi d’un bout de terre en Italie et vend ses produits tant dans des Amap niçoises qu’à Vintimille, raconte comment tout a commencé. C’était « vers mars »… « Au départ, je voyais des gens qui marchaient sur le bord de la route quand je remontais chez moi. Je me suis arrêté. Et moi, quand je prends en stop, je ne demande pas les papiers. Une fois, cinq fois, dix fois… Je les déposais à la gare de Breil, sans vraiment connaître leur situation. (…) Je ne savais même pas qu’un pays comme l’Érythrée existait », raconte celui, qui « petit à petit », va s’intéresser à la détresse de ces personnes. « Au fil des rencontres, une sorte de réseau se crée, pas mafieux mais citoyen. Je me suis mis à échanger avec des gens qui connaissaient le problème, en France et à Vintimille dans les différents camps pour réfugiés, avec des gens de la Croix rouge, avec des bénévoles qui leur venaient en aide… Et devenir conscient d’une situation, ça pousse à agir. Mon inaction, mon silence me rendraient complice », explique-t-il.

Alors, dans le petit utilitaire lui servant à faire ses livraisons d’abord, puis dans un véhicule 9 places acheté à cet effet par une association culturelle du coin, Cédric embarque, gracieusement, des familles, des mineurs, « les personnes les plus fragiles », pour leur éviter de prendre « tous les risques » en essayant de franchir – par la route, le rail, les montagnes – la frontière, fermée par la France depuis juin 2015. Dans son modeste chez-lui – une petite bicoque posée sur l’une des restanques de son exploitation breilloise – il leur offre un peu de répit, des repas, du repos avant de les déposer, aidé parfois par d’autres conducteurs, dans des gares azuréennes ou varoises afin qu’ils poursuivent le voyage vers leur but européen. Combien de fois l’a-t-il fait ? Dix fois, vingt fois, cent fois et plus encore. « Je n’ai pas tenu de statistiques mais cela tourne autour de 200 personnes », dit-il, en toute transparence.

Réquisitions sévères

La « transparence », c’est justement là que le bât blesse pour le Procureur de la République de Nice, qui a requis à son encontre une peine de 8 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve. Car, depuis sa première arrestation le 11 août alors qu’il transportait vers la Roya 8 Erythréens (dont plusieurs mineurs) et l’abandon des poursuites par le parquet au nom de « l’immunité humanitaire », Cédric Herrou n’a jamais caché avoir poursuivi ses activités de passeur citoyen. Pas question non plus de dissimuler le fait qu’il hébergeait, en permanence, jusqu’à plusieurs dizaines de réfugiés chez lui, allant jusqu’à créer un camping de fortune sur ses terres. Dès août, l’agriculteur répond ainsi aux multiples sollicitations de la presse et son visage s’exporte même outre Atlantique, dans les colonnes du New-York Times, faisant enrager au passage bons nombres d’élus azuréens. « Je n’ai rien à cacher, j’ai envie que mes actions soient connues et traçables. C’est normal que la société sache ce qu’il se passe », se justifie l’intéressé. A Saint-Dalmas-de-Tende, il est aussi l’un des porte-parole médiatiques lors de l’occupation de cette ex-colonie SNCF où 57 migrants sont installés avant d’être délogés, trois jours plus tard, par les forces de l’ordre. C’est là que Cédric Herrou sera arrêté pour la seconde fois, comme quatre autres citoyens présents sur les lieux, et placé en garde à vue. Mais seul lui sera mis en examen, « parce qu’il revendiquait de manière explicite son action d’aide à l’entrée sur le territoire », justifie le procureur.

Un « procès d’intention » ? 

« Nous sommes deux à avoir saisi le tribunal : Cédric Herrou, par ses revendications dans la presse, qui disent en substance : je viole la loi et je l’assume. Et moi, procureur de la République, car je représente cette loi et mon rôle est de la faire appliquer », a ainsi martelé Jean-Michel Prêtre, fustigeant le « changement de combat » de Cédric Herrou après sa première arrestation estivale et décrivant le personnage d’avantage comme un « leader », animé par « une volonté de se présenter en martyre judiciaire devant l’opinion publique » et s’offrant-là une « tribune politique ». « Ce n’est pas un procès d’intention qu’on fait à Cédric Herrou. On n’encourt pas 8 mois de prison pour un changement d’attitude ! Dans un tribunal, on parle de faits, de dates. Dans quel pays vivons-nous? », s’est quant à lui alarmé l’avocat de la défense, Zia Olumi, pointant qu’aucune preuve tangible de ces « 200 passages » n’ait été versée au dossier. Plus tôt, la présidente du tribunal avait elle-même « déploré, avec loyauté, que le seul étranger entendu dans cette procédure, sur le bord de la route, déclare ne pas connaître Cédric Herrou » et « qu’aucune des 57 personnes » se trouvant dans les locaux SNCF occupés à Saint-Dalmas n’ait été questionnée par les forces de l’ordre.

Pour le conseil de Cédric Herrou, c’est la loi du 31 décembre 2012 qui devrait-là protéger l’agriculteur. Proposée par Manuel Valls, celle-ci avoir alors permis de modifier un article du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) pour y supprimer le « délit d’aide au séjour irrégulier » à trois conditions : que cette aide « ne donne lieu à aucune contrepartie », qu’elle « consiste à fournir des prestations de restauration, d’hébergement, de soins médicaux et de conseils juridiques » et qu’elle vise à « assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger » ou de « préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci ».

« 5 migrants sont déjà morts à la frontière »

C’est finalement sur ce dernier point que pourrait bien reposer le sort de Cédric Herrou. « La dignité ou l’intégrité » de ces personnes transportées et hébergées par l’agriculteur, étaient-elles bien en jeu ? Non, dixit le parquet, qui « ne voi[t] pas très bien la différence qualitative de prise en charge entre l’Italie et la France » et assure aussi « ne pas avoir connaissance de violation de textes pour la remise de mineurs [censés être pris en charge par le conseil départemental] depuis la France à l’Italie ». Assurément , à en croire les dires des six témoins appelés à la barre pour attester de la bonne foi du prévenu. « Ces derniers mois, 5 migrants sont morts à la frontière franco-italienne, certains fauchés sur l’autoroute ou sur les voies de chemin de fer alors qu’ils tentaient de rejoindre la France. Comment peut-on accepter ça ? », a notamment questionné Teresa Maffeis, cofondatrice de l’Association pour la démocratie à Nice, très investie à Vintimille. « En gare de Menton-Garavan, j’ai vu de mes yeux vus des agents de la Police aux frontières remettre des migrants mineurs dans les trains direction l’Italie », ajoute Martine Landry, de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé).

« Il ne devrait pas être seul sur le banc »

« En bloquant la frontière à Vintimille, les gens remontent automatiquement vers le Nord, vers la Roya. Et nous, habitants de cette vallée, on ne peut pas tourner la tête quand on voit des personnes détrempées le long de la route », a, quant à lui, lancé à la barre Michel Masseglia, adjoint à la culture au maire de Breil-sur-Roya. Et l’élu de clamer : « Ces dernières années, on a fait des expositions sur le Mali, le Burkina Faso… pour montrer aux gamins d’ici que Breil n’est pas le centre du monde. Aujourd’hui, nous en sommes des témoins directs (…) et nous devons faire face à l’hypocrisie des pouvoirs publics qui ne prennent pas en compte la dimension humaine du problème. Cédric Herrou, il ne devrait pas être seul sur ce banc, on devrait être une cinquantaine. Moi aussi, j’ai pris des gens dans ma voiture. Comment continuer sa route quand on croise le regard d’un gosse ? »

Fer de lance de la solidarité Made in Vallée de la Roya, Cédric Herrou devra donc attendre le 10 février pour être fixé sur son sort. En cas de condamnation,  son avocat prévoit d’ores et déjà de faire appel de cette décision et se dit prêt à porter l’affaire « jusqu’à la Cour européenne des Droits de l’Homme ». Lancée par des citoyens le jour de l’audience, une pétition en ligne, qui réclame la relaxe de l’agriculteur de la Roya, a déjà recueilli près de 5000 signatures. Ce vendredi 6 janvier, Pierre-Alain Mannoni, un enseignant-chercheur niçois, lui aussi jugé en novembre pour aide aux migrants, a été relaxé par la même juridiction. Il risquait 6 mois de prison avec sursis pour sanctionner le transport et l’hébergement ponctuel de trois Érythréennes en octobre dernier.

A lire dans Ressources #6 (à commander en ligne, sans frais de port) : « RÉFUGIES – LES VISAGES DE LA SOLIDARITÉ », une galerie de portraits d’Azuréens qui passent à l’action pour aider les migrants.

Rendez-vous agite-méninges : trois films pour repenser la société !

Les frimas de décembre et les courses de Noël vous angoissent ? Faites un break en ce début de semaine le temps d’aller voir trois films-documentaires qui repensent notre société et nos modes de consommation. Ressources vous fait le pitch.

  • Food coop ou le supermarché réinventé ! « La plus belle expérience sociale des Etats-Unis. Une mauvaise nouvelle pour la grande distribution ». C’est la punchline choisit par l’équipe du film Food coop pour décrire ce documentaire, programmé ce lundi 5 décembre à Nice, dans le cadre d’un ciné-débat à l’initiative des Colibris de Nice. Réalisé par Tom Boothe, un Américain qui vit à Paris, le film propose une plongée au sein de la Park Slope Food Coop, un supermarché coopératif et complètement précurseur qui a vu le jour à Brooklyn… en 1973 ! A total rebours du très consumériste american way of life, ce commerce hybride est géré par des clients bénévoles qui offrent chacun 2h45 de travail par mois, « en échange de produits alimentaires de qualité exceptionnelle à des prix très bas ». « Quand on découvre une coopérative comme celle-là, on se rend compte à quel point on est habitué à entrer dans des zones marchandes où on est littéralement attaqué par le marketing », dixit le réalisateur, également co-fondateur de La Louve, un magasin de ce type, en cours de création dans le 18ème arrondissement de Paris, qui espère bien égaler son grand-frère américain. Créée il y a 40 ans, la new-yorkaise Park Slope Food Coop, d’une surface de 1000 m², compte aujourd’hui plus de 17 000 membres et est ouverte de 8 heures à 22 heures.

Ce lundi 5 décembre 2016, à 20h30, au cinéma Mercury, place Garibaldi à Nice. Projection suivie d’un débat. Tarifs : de 5 € à 7,50 €. Plus d’infos –> par ici !

  • Nouveau monde, inventaire réjouissant des alternatives Made in France. Dans la veine du documentaire césarisé Demain, Yann Richet est parti à la rencontre des alternatives positives pour changer notre façon de vivre, à une nuance près. Dans Nouveau monde, le réalisateur a, lui, choisi de se concentrer sur des initiatives françaises. Résultat : un road-movie intelligent qui va à la rencontre tant d’experts que de citoyens lambda qui réinventent des modèles dans leur domaine. De la fondatrice d’un incubateur de projets à but non lucratif au maire d’une ville pilote en matière de développement durable, en passant par le coordinateur du Mouvement français pour un revenu de base, les acteurs hexagonaux des Incroyables comestibles ou des spécialistes de l’économie circulaire… Comme à la sortie de Demain, le documentaire rafraîchissant signé Mélanie Laurent et Cyril Dion, on ne pourra pas dire, à l’issue de cette projection, qu’on ne savait pas que c’était possible !

Séances ce lundi 5 décembre 2016, à 19h45, et ce mardi 6 décembre 2016, à 14 heures, au cinéma Mercury, place Garibaldi à Nice. Plus d’infos –> par là

  • Qu’est-ce qu’on attend ? plonge au cœur de l’Alsace en transition. « Qui croirait que la championne internationale des villes en transition est une petite commune française ? C’est pourtant Rob Hopkins, fondateur du mouvement des villes en transition, qui le dit. Qu’est ce qu’on attend ? raconte comment une petite ville d’Alsace de 2 200 habitants s’est lancée dans la démarche de transition vers l’après-pétrole en décidant de réduire son empreinte écologique. » Autonomie intellectuelle, énergétique et souveraineté alimentaire, voilà les trois chapitres que ce village, filmé en long, en large et en travers, a bel et bien mis en oeuvre. C’est, en substance, le sujet du nouveau film-documentaire de Marie-Monique Robin, à qui l’on doit le désormais incontournable Sacré croissance, qui faisait, en 2015, un sort au productivisme et à la consommation à tout prix. A voir.

Séance ce mardi 6 décembre 2016, à 21 heures, au cinéma Mercury, place Garibaldi à Nice. Plus d’infos –> par là. 

Devant la justice pour avoir « aidé des réfugiés »

 

Mercredi 23 novembre, 13 heures, dans le Vieux-Nice. Une foule dense et hétéroclite, de plus de 200 personnes, noircit la place et les marches du Palais de justice. Des jeunes, des moins jeunes, ici des gens venus en famille, là des militants arborant une banderole « Oui à la solidarité et à l’accueil des migrants et réfugiés »… Cette solidarité, il en est justement question à la barre de la 7ème chambre du Tribunal correctionnel, une juridiction chargée de juger les délits et pouvant prononcer des peines allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. Ce jour d’automne, caméras, micros et objectifs sont braqués sur Cédric Herrou, 37 ans, et Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, deux Azuréens jamais convoqués avant dans cette salle. Le premier est agriculteur à Breil-sur-Roya, le second ingénieur d’étude dans un labo de recherche et enseignant en géomatique à la Faculté des sciences de Nice. S’ils fendent la foule sous les applaudissements nourris, c’est que leur convocation devant la justice a soulevé un vent d’indignation chez des centaines d’habitants des Alpes-Maritimes et au-delà. L’une des pétitions de soutien lancée a recueilli plus de 61 000 signatures. Les faits qui leur sont reprochés : « aide directe on indirecte » à l’entrée (uniquement pour Cédric Herrou), au séjour et à la circulation de plusieurs étrangers en situation irrégulière. Des actes passibles d’une peine maximale de 5 ans de prison et de 30 000 € d’amende.

« J’ai juste essayé d’appliquer les mots Liberté, Egalité, Fraternité »

Pull et foulard coloré, chaussures de rando’ aux semelles imprimées de terre, Cédric Herrou contemple le Palais de Justice avant de s’y engouffrer. « Etes-vous impressionné par le monde réuni pour vous soutenir ? », lance un journaliste. « Du monde, j’en ai tous les jours à la maison. En moyenne, 25 mineurs réfugiés. Nous les nourrissons, leur donnons un hébergement. A côté de ça, j’ai mon boulot. Il faut que tout ça soit mis en lumière, pour que les citoyens, les pouvoirs publics soient au courant de cette réalité. Ce que je vois aujourd’hui,  c’est que l’on est au pied d’un bâtiment sur lequel je peux lire Liberté, Egalité, Fraternité. J’ai juste essayé d’appliquer ces mots », répond celui qui n’a jamais caché ses activités de passeur citoyen, relayées dans les médias jusqu’au New-York Times, et qui a créé, à même son exploitation, un camping de fortune pour accueillir de jeunes migrants. Depuis son arrestation en marge de l’évacuation d’un bâtiment désaffecté de la SNCF, occupé à l’initiative d’habitants de la vallée réunis au sein de l’association Roya Citoyenne et souhaitant palier l’absence de Centre d’accueil et d’orientation pour réfugiés dans le département, Cédric Herrou était sous le coup d’un contrôle judiciaire strict : interdiction de conduire et de quitter le département, obligation de pointage en gendarmerie. Ce mercredi, l’agriculteur a obtenu le report de son procès au 4 janvier 2017 et la levée de son interdiction de circuler en journée.

L’agriculteur Cédric Herrou a obtenu le renvoi de son procès (c) Aurélie_Selvi

Arrêté au péage de La Turbie

Depuis le 18 octobre, Pierre-Alain Mannoni est aussi dans le collimateur du procureur de la République. A la barre, il raconte que, cette nuit-là, alors qu’il était de retour d’une soirée à Saint-Dalmas-de-Tende, l’un de ses amis, qui habite le coin et apporte aussi son soutien aux migrants, lui propose de passer par l’ancienne colonie de vacances SNCF occupée. Au moment de quitter les lieux, on lui demande s’il peut conduire 3 jeunes filles érythréennes, dont une mineure, à la gare de Cagnes-sur-Mer. Toutes ont déclaré avoir essayé de rejoindre la France à plusieurs reprises. L’une d’elles était même aux côtés de la jeune Milet, morte fauchée sur l’autoroute, lors d’une périlleuse tentative de traversée dix jours plus tôt. « Elles étaient blessées et devaient rejoindre Marseille pour s’y faire soigner. Il y avait la crainte qu’elles soient reconduites en Italie si elles se rendaient dans un hôpital des Alpes-Maritimes », explique-t-il à la barre. Un brin désarçonné, l’enseignant accepte, poussé, dit-il, par « la souffrance physique et la peur qui se lisaient sur leur visage ».  « Il y a un dilemme, concédait-t-il en amont de l’audience, parce que j’ai ma p’tite vie, avec ma p’tite auto, avec mon p’tit manteau mais ma morale, mon éducation, me disent de le faire ». Le périple s’arrêtera au péage de la Turbie, où un escadron de gendarmerie contrôle le véhicule de ce père de famille divorcé, puis le place en garde à vue 36 heures durant.

« Vous êtes-vous posé la question de la légalité de ce que vous étiez en train de faire ? », demande la présidente du tribunal. « J’avais compris que leur présence en France était illégale, que si on les prenait, elles seraient reconduites en Italie. Mais face aux gendarmes, je crois au bien-fondé de mon acte et je négocie même pour qu’ils acceptent que je les prenne en charge », répond l’ingénieur, qui se définit « comme un citoyen, pas militant ». Solidarité ou illégalité ? Telle est la question à laquelle le tribunal doit répondre. Pour Philippe De Botton, médecin mentonnais venu témoigner en faveur du prévenu, « quand on voit des gens dans cet état-là, on ne peut pas ne pas les aider ». Et le praticien, engagé au sein de l’association Médecins du monde, d’égrainer les « plaies, entorses, problèmes dermatologiques et la grande détresse psychologique », constatés par les 4 infirmières et 2 médecins bénévoles, déployés sur demande dans la Roya face à l’afflux de migrants, ces derniers mois.

6 mois de prison avec sursis requis

Pour le parquet, représenté ce mercredi par le Procureur de la République, Jean-Michel Prêtre, en personne, gare « à ne pas confondre secours et aide au séjour et à la circulation ». « Le secours est un devoir. Ce n’est pas cela qui est poursuivi aujourd’hui. Vos actions ne s’inscrivent pas dans ce cadre-là ni dans une volonté de régler un problème humanitaire mais consistent à nier le fait que des frontières et des lois existent dans un pays, en fonction d’un système démocratique », appuie ce dernier, qui précise avoir fait preuve de distinguo en ne poursuivant par Pierre-Alain Mannoni pour l’intégralité des faits qu’il avait avoués en garde-à-vue. Lors de son audition, l’ingénieur niçois avait en effet avoué avoir, dès le 16 octobre, véhiculé, depuis la Roya jusqu’à chez lui, 4 Soudanais perdus sur une route sinueuse, croisés alors qu’il se rendait, avec sa fille, à une Fête de la Brebis dans l’arrière-pays. « J’éduque mes enfants au quotidien avec des valeurs. Je vois des gens perdus, je m’arrête, c’est normal », avait-il argué plus tôt. « Vous les avez pris en charge car ils étaient en danger et personne, surtout pas moi, ne vous poursuivra pour ça », nuance le procureur, qui requiert une peine de 6 mois de prison avec sursis en forme « d’avertissement sévère ». Et ce dernier d’invoquer une « enquête extrêmement solide », qui a fouillé tant du côté de la personnalité du prévenu que de ses SMS personnels.

« Ils devraient être remerciés », juge Cécile Duflot

A la barre, ce sont deux visions du droit et du devoir qui s’entrechoquent. « Je reste convaincue que ce  geste d’humanité ne peut recevoir aucune sanction », plaide vivement Me Binimelis, qui convoque l’article L 622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ajouté fin décembre 2012, après l’abrogation par l’Assemblée nationale (suivant une proposition de loi de Manuel Valls) du « délit de solidarité », ce texte prévoit une « immunité » pour les personnes ayant fait preuve d’une aide « visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique » d’un étranger. « Quand il intervient, mon client est absolument convaincu que c’est nécessaire au secours de ces 3 jeunes filles. Moi, vous, quel choix aurions-nous fait face à un tel spectacle ? Cette question me tourmente depuis que j’ai rencontré monsieur Mannoni et je ne suis pas convaincue que je n’aurais pas fait la même chose… Peut-être qu’un jour, moi, vous, serons à cette barre. »

C’est justement pour défendre cette abrogation du « délit de solidarité » que la parlementaire EELV Cécile Duflot a fait le déplacement de Paris. « Je l’ai voté en tant qu’élue d’une majorité en place et je ne comprends pas comment, aujourd’hui, de tels procès peuvent avoir lieu… Ce qu’on fait Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, c’est simplement agir avec humanité. La société devrait les remercier pour ça », tranche, depuis la salle des pas perdus, l’élue, seule représentante politique, avec la conseillère municipale PS de Nice Christine Dorejo, à assister à l’audience.

En attente du délibéré, Pierre-Alain Mannoni a obtenu la levée de son contrôle judiciaire (c) Aurélie_Selvi

En attente du délibéré, Pierre-Alain Mannoni a obtenu la levée de son contrôle judiciaire (c) Aurélie_Selvi

La justice tranchera le 6 janvier

Solidarité ou illégalité, donc ? Ce mercredi, la présidente du tribunal a, en tous cas, choisi de différer sa décision au 6 janvier 2017, jugeant qu’il y avait « nécessité à réfléchir ». Pierre-Alain Mannoni, lui, a regagné son domicile en bénéficiant de la levée de son contrôle judiciaire lui interdisant, depuis son arrestation, de quitter Nice et de conduire, sauf pour amener ses enfants à l’école. « Il se passe quelque chose. Je ne suis pas le seul à aider. Dans les Alpes-Maritimes, beaucoup de gens agissent pour les réfugiés. Mon seul mérite a été de me faire arrêter », commente l’universitaire, qui a notamment bénéficié d’une lettre ouverte de soutien signée par 700 enseignants-chercheurs de Paca et d’au-delà. « Moi, je suis là aujourd’hui parce que je ne me reconnais pas dans cette France qui fait passer en jugement des gens auxquels je m’identifie parfaitement, comme membre du collectif AGIR [collectif aixois de 26 associations engagées pour l’accueil des réfugiés] mais aussi comme citoyenne », jugeait plus tôt Françoise, 68 ans, croisée sur la place du Palais. « Ça devient incroyable de faire de la solidarité un délit. On n’a pas tous ce courage mais aujourd’hui on est là. J’ai un peu peur qu’on veuille faire un exemple de cette situation, pour décourager. J’espère être pessimiste », s’inquiétait, quant à elle, Fabienne, 57 ans, agent du Conseil général à la retraite.

Accueilli hier soir sous les applaudissements par quelques dizaines de citoyens supportant l’audience tardive, Pierre-Alain Mannoni a conclu par ces mots : « d’autres personnes sont poursuivies, d’autres combats sont à mener ». Trois Azuréens, arrêtés pour le même type de faits, devraient, en effet, se présenter au printemps prochain devant la justice. Ironie du sort, ce mercredi après-midi, juste avant que l’enseignant niçois ne se présente à la barre, c’est un passeur clandestin, comparaissant pour avoir tiré profit de la détresse des migrants bloqués à Vintimille, que ce même tribunal entendait*…

Aurélie Selvi, avec Stéphane Robinson

A lire dans Ressources #6, prochainement en kiosques, notre reportage auprès des Azuréens qui viennent en aide aux migrants.

*Le procès de cet homme, sous mandat de dépôt, a été reporté à une date ultérieure.

Ciné, débats, ateliers, conférence… Nos rendez-vous agite-méninges [màj]

Comme chaque semaine, Ressources vous livre sa sélection de rendez-vous locaux pour se poser les bonnes questions. Suivez le guide et faites votre marché !

  • Réduire ses déchets, mode d’emploi.  Ce mercredi 23 novembre, direction MOUANS-SARTOUX pour l’opération « Compostons dans la rue ! ». Dans le cadre de la Semaine européenne sur la réduction des déchets, le Pays de Grasse organise une session découverte des sites de compostage collectifs créés par cette municipalité. Au programme : visites, échanges avec les acteurs de ce projet, ateliers jardinage pour les enfants, animations sur la réduction des déchets et soupe collective.

Mercredi 23 novembre 2016, de 16 heures à 18 h 30, parc de la Villa Sinéphias à Mouans-Sartoux. Infos : 06 48 97 12 11 ou –> par ici ! 

Mercredi 23 novembre 2016, de 18h30 à 21 heures, restaurant Beachcomber French Riviera, 3 550 route des Dollines à Biot. Infos et inscriptions –> par ici !

  • Éloge de la diversité culturelle mondiale. « Dans un monde dominé par quelques grandes cultures, d’un continent à l’autre, des îlots survivent ou disparaissent. Résistances ou assimilations ? Pour quelles raisons et quel devenir ? » C’est en substance le pitch de « L’Archipel des survivances », la conférence qui se tiendra ce jeudi 24 novembre au soir, à CANNES. Autour de la table, une pléiade d’intervenants passionnants viendront parler des premiers Hommes, des Inuits, des Maoris, des Ouïghours, du peuple Ik ou encore des Indiens de la terre de feu…

Jeudi 24 novembre 2016, de 18 heures à 21 h 30, Espace Mimont, 5 rue Mimont, à Cannes. Table ronde suivie d’un buffet. Tarif : 10 €. Infos auprès de l’Académie Clémentine au 06 10 27 13 54 ou –> par là.

  • Un film-choc sur la souffrance animale. « Les bêtes arrivent la nuit. Elles sentent. Elles résistent. Avant l’aube, un jeune homme les conduit à la mort. Son chien découvre un monde effrayant qui semble ne jamais devoir s’arrêter. » Le résumé du documentaire-fiction « Gorge Coeur Ventre », signé par la Niçoise Maud Alpi, interpelle déjà… Dans ce long-métrage, à découvrir ce jeudi 24 novembre au cinéma Mercury de NICE, c’est une véritable plongée au cœur de la souffrance animale que propose la réalisatrice, filmant des bêtes conduites à l’abattoir, au plus près des regards et des émotions. La projection sera suivie d’un débat en présence de Maud Alpi.

Ce jeudi 24 novembre 2016, à 20h30, au cinéma Mercury, place Garibaldi à Nice. Plus d’infos –> sur ce site.

  • Dire non aux violences faites aux femmes ! Dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des Femmes, rendez-vous ce vendredi 25 novembre au Théâtre National de NICE pour une matinée de réflexion collective. A 9h30, le court métrage de fiction « Cent raisons », réalisé par Pascal Guyot sur le thème de la lutte contre les violences conjugales, sera projeté, suivi d’un échange avec la salle. A 10h40, place au théâtre avec un extrait joué de la pièce « Enfermée », adaptée par Virginie Vignolo. Un monologue à quatre voix féminines sur le thème de l’enfermement.

Vendredi 25 novembre 2016, de 8h30 à 12 heures au Théâtre national de Nice. Entrée libre. Plus d’infos -> par ici. 

  • La bientraitance des personnes âgées en question. Autre lieu, autre enjeu. Ce même vendredi 25 novembre, à ROQUEBILLIEREl’Association du service à domicile, qui officie dans toute la Vésubie pour venir en aide aux personnes âgées en perte d’autonomie, organise une journée de partage et d’échanges autour de la notion cruciale de bientraitance. Le matin, une conférence-débat, menée par la psychologue-clinicienne Laure Laforêt (lire Ressources #5), décortiquera le concept de bientraitance, ses freins et ses perspectives. L’après-midi, place à des ateliers pour mettre l’humanité au cœur des pratiques.

Vendredi 25 novembre 2016, de 10 heures à 17 heures, salle municipale de Roquebillière, place Corniglion Molinier. Entrée libre, repas du midi sur réservation au 06.11.55.19.81. Plus d’infos : admr.vesubie@orange.fr 

  • Les nuages décryptés. Ce vendredi 25 novembre, en soirée, à NICE toujours, direction cette fois le Mamac pour une conférence-débat qui prendra de la hauteur et explorera la thématique des nuages et du rôle environnemental qu’ils jouent. Dans le cadre de l’exposition Prototype Improvisé de type « nuages », de Yona Friedman, le musée niçois invite Richard Chemla, président du Centre de Découverte du Monde Marin, pour une conférence intitulée « Histoire de nuages ».

Vendredi 25 novembre 2016, à 19 heures, au Mamac de Nice. Plus d’infos –> sur ce lien.

  • Ciné-débat autour de la question  migratoire. Bien plus qu’un épiphénomène, c’est une question cruciale qui interroge notre nature humaine. Ce vendredi 25 novembre, à CONTES, la médiathèque accueille un ciné-débat autour du documentaire « Les Messagers ». Signé Hélène Crouzillat et Laetitia Tura, ce travail, qui a reçu de nombreuses distinctions, prend la forme d’une enquête, du Sahara à Melilla, sur les conditions de vie des migrants subsahariens bloqués aux frontières marocaines et évoque la dramatique recrudescence des morts en méditerranée, sans identité et sans destin. Une histoire commune sur laquelle nous ne pouvons décemment pas fermer les yeux. La projection sera suivie d’un échange-débat animé notamment par Jean-Pierre Cavalié, délégué national en région PACA de la Cimade.

Vendredi 25 novembre 2016, à 18h30, médiathèque de Contes, 20 place Jean Allardi. Plus d’infos — > en cliquant ici.

  • Et si on consommait autrement ? Pour ce faire, la ville de GRASSE ne manque pas de ressources. Ce samedi 26 novembre, toute la journée, venez faire un tour à l’événement « L’autre marché libre : consommer autrement, c’est possible! ». Dans un cadre exceptionnel et une ambiance festive, venez dénicher des produits cultivés, imaginés, transformés par des entreprises de l’économie sociale et solidaire, dans le cadre du mois de l’ESS. L’occasion de préparer un Noël responsable, solidaire et local.

Ce samedi 26 novembre 2016, de 9 heures à 18 heures, au Mas du Calme, 51 chemin de la Tourache à Grasse. Entrée libre. Infos au 04 97 01 11 02. Pour déjeuner sur place, au restaurant d’insertion, réservation conseillée au 07 61 68 18 94. Programme détaillé –> par là !

  • Un docu sur la cruauté des frontières européennes. Ce dimanche 27 novembre, le week-end s’achève à BEAULIEU avec un ciné-débat organisé par l’Association pour la démocratie à Nice et dans les Alpes-Maritimes autour du documentaire « La mécanique des flux », de Nathalie Loubeyre. Un film qui plonge dans les récits de ces hommes et de ces femmes qui fuient leur pays, déterminés à franchir les barrières que l’Union européenne dresse devant eux, pour vivre une vie meilleure. Projection suivie d’un débat animé par l’association, en pointe sur l’aide aux réfugiés à la frontière franco-italienne et dans les Alpes-Maritimes.

Ce dimanche 27 novembre 2016, à 19 heures, au cinéma de Beaulieu-sur-Mer, avenue Albert Ier. Renseignements –> de ce côté !

Textes : Chris Bertoldi et Aurélie Selvi

Envoyez-nous vos événements agite-méninges à redaction@ressourcesmagazine.fr – Objet du mail : RDV agite-méninges. 

 

Mário Viana : « En finir avec la violence éducative ordinaire grâce à l’empathie »

De passage à Nice dans le cadre de la Semaine des Droits de l’Enfant, Mário Viana, coréalisateur de L’Odyssée de l’empathie avec le cinéaste-ethnologue Michel Meignant, a répondu aux questions de Ressources magazine. Engagé depuis des années dans une profonde réflexion sur les racines de la violence, ce chef-monteur, qui travaille régulièrement pour France Télévision, développe ses travaux contre la violence éducative ordinaire et ses conséquences. L’occasion aussi de nous en dire plus sur la préparation du second volet de ce film-documentaire, Les chemins de l’empathie, pour lequel une campagne de financement participatif est en cours.

mario_viana

Votre documentaire, L’Odyssée de l’empathie, développe le thème de la violence éducative ordinaire et de ses conséquences. Pourquoi ce besoin impérieux d’aborder ce sujet ?

Avec Michel Meignant [co-réalisateur], cela fait 20 ans qu’on se connaît et que le problème de la violence nous touche, nous questionne. Le constat préalable au film, c’est que nous vivons actuellement dans une époque où le monde a besoin d’évoluer, de progresser. Tous les articles qui se penchent sur ce sujet apportent des choses mais il nous est apparu que si on ne prenait pas le problème par le début, c’est-à-dire par la question de l’éducation bienveillante, toutes les solutions seraient, en somme, des pansements sur une jambe de bois. En France, chaque année, ce sont 700 enfants qui meurent, victimes de violences familiales. La violence, une fois qu’elle est en nous, nous suit toute la vie. Dans notre pays toujours, 10 femmes meurent sous les coups tous les 15 jours, 1 homme tous les mois et demi environ. On est actuellement à près de 100 enfants, entre 6 et 13 ans, qui mettent fin à leurs jours chaque année… Ce n’est pas acceptable.

Cette problématique est prégnante en France et pourtant votre film n’a pas réussi à convaincre de producteurs…

La seule façon pour nous de le financer a été de faire appel aux citoyens sur la plateforme Tous Coprod. Nous sommes pourtant tous les deux « du milieu ». Mais nous avons contacté les six plus grosses sociétés de productions françaises et toutes nous ont répondu : « nous n’avons pas la disponibilité ». Manière polie de dire : « on s’en fout ». Nous avons aussi participé au Salon mondial du documentaire à La Rochelle, il y a 2 ans, quand le projet était en phase d’élaboration. Toutes les chaînes nationales étaient présentes et toutes nous ont répondu qu’elles n’avaient « pas de créneaux disponibles ». La traduction, c’est qu’aujourd’hui, en France, le fait que ces 700 enfants meurent chaque année est un non-événement. On veut bien couvrir le procès de la mort de la petite Fiona, par exemple, mais pas question de s’attaquer au fond du problème. En France, on préfère traiter la forme plutôt que le fond, couper la tête plutôt que de s’intéresser aux racines du mal. Au final, L’Odyssée de l’empathie a pu voir le jour grâce au soutien de 1400 personnes sur Tous Coprod, qui nous ont permis de lever environ 60 000 €. De quoi financer à 100% notre documentaire, qui n’était pas coûteux. Pour exemple, Demain le film [le documentaire césarisé de Cyril Dion et Mélanie Laurent], a coûté 1,3 million d’euros.

Ce financement citoyen vous a finalement libérés davantage ?

Tout à fait. Au début, Michel Meignant disait qu’on avait « la malchance » de ne pas avoir de producteur ni de distributeur. Aujourd’hui, on se dit que c’est une chance. Parce que cela nous a aussi donné une liberté totale. Toutes ces personnes qui se sont mobilisées, ça nous a aussi prouvé qu’il y avait une vraie envie que le sujet de l’éducation bienveillante soit traité. Ce qui nous a frappé, ce sont ces gens qui sont venus à notre rencontre en nous disant : « je suis au RSA » ou « je n’ai pas beaucoup d’argent », « mais je veux donner 5 €, ce que j’ai, j’y tiens, c’est important ». Désormais, on n’envisage plus de faire appel à un autre type de financement et une deuxième campagne est en cours pour financer le second volet.

Justement, quel est l’enjeu de cette suite, Les Chemins de l’empathie ?

Le 1er volet posait un constat. L’idée n’était absolument pas de nous positionner en donneurs de leçons mais en passeurs. Nous sommes deux cinéastes qui nous interrogeons depuis longtemps, du fait de notre histoire personnelle, sur les racines de la violence. Michel [Meignant] est né d’une mère catholique et d’un père juif, ses grands-parents sont morts déportés. J’ai grandi au Portugal et j’y ai connu la violence de la dictature, des armes pointées sur moi dans les manifestations interdites quand j’avais 14 ans. Trois copains sont morts à cette époque sous la torture. J’ai été contraint de fuir en France. Depuis, j’essaye de comprendre pourquoi les êtres humains peuvent tuer pour le plaisir quand les animaux ne le font pas… Dans L’Odyssée de l’empathie, nous sommes allés à la rencontre d’une trentaine de spécialistes, nous en avons finalement gardé 15. Depuis sa sortie, il y a 1 an, il y a eu environ 120 projections officielles auxquelles ont assisté environ 21 000 spectateurs. A cela s’ajoute les projections spontanées, pas quantifiables, le film étant libre de droit. Chaque projection publique est suivie d’un débat, c’est essentiel. Et à chaque fois, le public nous demande : « comment on peut faire pour agir, pour changer ? »

Le 2ème volet, dont la sortie est prévue au 3ème trimestre 2017, donnera des pistes, toute une palette possibles, car il en existe en fait autant que de parents et d’enfants. L’idée n’est surtout pas de culpabiliser les parents, de les juger mais d’aller à la rencontre de gens qui proposent des alternatives : médecins, spécialistes de la petite enfance, institutions, psy…

Là encore, il s’agit de faire évoluer les mentalités. Vous vous positionnez aussi clairement en faveur d’une loi pour abolir les châtiments corporels chez l’enfant. Pourquoi est-ce essentiel pour vous ?

La loi ne réglera pas tout mais il nous faut évoluer sur nos positions. On l’oublie trop souvent mais il existe, au même titre que la Déclaration universelle des droits de l’Homme, une Déclaration des droits de l’Enfant, déclarée à l’ONU. Il y a 40 ans, la Suède, qui totalisait à l’époque environ 700-800 enfants morts de violences familiales chaque année, a fait voter une loi du même type que celle à l’étude en ce moment-même en France. Aujourd’hui, seuls 2 enfants environ meurent annuellement dans ce pays de ce type de violences. Il y a 2 ans environ, j’ai participé à une enquête pour l’émission Les Maternelles [sur France 5], menée à Boulogne-Billancourt, une banlieue parisienne chic, et portant sur la volonté de faire une loi pour abolir les châtiments corporels chez l’enfant. 68% des personnes interrogées étaient… contre ! Parmi elles, 60% étaient même favorables aux châtiments lourds (martinet, fouet…). A l’époque de l’abolition de la peine de mort, l’opinion était aussi vent debout face à cette mesure. Pour légiférer et faire changer les mœurs, il faut du courage politique.

Pour soutenir la création du film-documentaire Les chemins de l’empathie, rendez-vous sur la plateforme de financement participatif Tous Coprod.  

Merci à l’espace Magnan de Nice et à Laure Laforêt, psychologue-victimologue et ambassadrice azuréenne de L’Odyssée de l’empathie, dont vous pouvez relire l’interview dans Ressources #5, à commander –> par là ! 

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