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Sur la côte, la jeunesse de Méditerranée livre ses projets durables

Tunisie, Croatie, Grèce, Italie, Espagne, Albanie… Il y a quelques jours, la Citadelle de Villefranche-sur-Mer a pris des allures de bastion international. A l’invitation du niçois Centre de découverte du monde marin (CDMM), 70 jeunes, venus de contrées ayant toutes en commun la même mer, ont fait le déplacement. Dans leur sac à dos, des bonnes idées « développement durable », mises en application ces derniers mois dans leur pays respectif. Tous venaient les présenter dans le cadre des Assises Jeunes et Méditerranée, un rendez-vous annuel créé il y a 17 ans par Richard Chemla, fondateur du CDMM. « A l’époque, on m’a pris pour un fou. Il faut replacer ça dans son contexte : l’Union pour la Méditerranée n’existait pas, le processus de Barcelone n’avait pas encore abouti… », se souvient-il. Mais pas de quoi décourager ce rêveur épris de mer et de protection de l’environnement, qui misa sur une constatation toute simple qui avait alors titillé son bon-sens. « Je voyais, de Palavas-les-flots à l’Italie, les mêmes poissons peupler la mer. Eux ne connaissent pas les frontières des pays méditerranéens. De cette mer, on connaît aussi le courant de Gênes qui fait que, si vous jetez un bouchon de bouteille à Nice, il se retrouvera en une semaine à Toulon. Il m’est apparu comme une évidence que, si on voulait protéger la Méditerranée, il fallait que les différents peuples de ce bassin se rencontrent », analyse Richard Chemla qui croit aussi à l’intérêt suprême de l’écologie comme arme de réunification géopolitique.

Du docu en Tunisie, de l’aide aux réfugiés en Grèce….

Pris sous le prisme de la jeunesse, cet événement, devenu un rendez-vous annuel, réuni donc une sélection d’adolescents et de jeunes adultes de tout le bassin, venus présenter leurs projets durables pour la Méditerranée. L’occasion de se nourrir des initiatives et de créer des synergies. Il y a quelques jours, à Villefranche, on apprenait ainsi qu’en Grèce, sous l’égide du ministère de l’Education, l’éducation environnementale était un cycle d’apprentissage s’adressant aux élèves de tous niveaux et de tous âges. Sur l’année scolaire 2015-2016, 8 650 projets ont ainsi été développés dans ce cadre-là. Et pas moins de 135 000 enfants du pays ont ainsi pu en bénéficier. Parmi eux, un groupe d’ados présent à Villefranche qui avait ainsi pu mettre en place des actions aussi variées que la création de jeux et d’activités pour les enfants de réfugiés affluant vers la Grèce ; ou encore l’étude de l’impact du changement climatique sur la mer… En Croatie, l’école secondaire la plus importante de la côte Sud-Est a, quant à elle, produit un travail des plus fouillés sur la Congeria, une espèce de mollusque en voie de disparition, en produisant relevés et analyses dans un estuaire du secteur. Ces derniers ont même créé une campagne de protection en ligne. Du côté des rives du Maghreb, une équipe de jeunes tunisiens, sous l’égide d’une association de protection de l’environnement, a réalisé  ses propres films documentaires et interviewé des agriculteurs sur l’impact du changement climatique sur leur travail….

 

Echanges d'idées et rencontres étaient au menu à Villefranche-sur-Mer. (c) CDMM

Echanges d’idées et rencontres étaient au menu à Villefranche-sur-Mer. (c) CDMM

Construire des ponts entre deux rives 

En Italie, à l’initiative de l’Aire marine protégée de Punta Campanella, situé dans le Sud, des ponts entre les deux rives de la Méditerranée ont même été construits. Les biologistes du parc ont accueilli quatre jeunes bénévoles européens pour mener des actions de sensibilisation des estivants aux bonnes pratiques durables dans la baie. « Avant d’y aller, je ne savais pas ce qu’était la biodiversité. En Italie, j’ai pu voir des espèces que je n’avais jamais vues avant, j’ai appris à faire du kayak, à récupérer les déchets pendant une plongée. Une super expérience », témoignait à Villefranche un jeune volontaire tunisien. « Ce qui est important pour nous, c’est de former ces jeunes pour qu’ils deviennent eux-mêmes des ambassadeurs du développement durable », explique l’un des encadrants italiens.

Former la jeunesse pour capitaliser sur un avenir plus éco-responsable en Méditerranée, c’est en somme le défi que se sont fixées ces Assises. « Le but, dans un monde de plus en plus virtuel, c’est surtout de générer des rencontres. Ces 70 jeunes seront désormais liés, s’enthousiasme Richard Chemla. Une manière de dire aussi qu’en Méditerranée, malgré nos différences de cultures, le sang est rouge partout », ajoute le fondateur du Centre de découverte du monde marin, qui n’oublie pas le pilier « social » du développement durable. « L’environnement est un moyen. Le but final, c’est l’humain. En Méditerranée, il y a tellement de souffrances…. La Méditerranée du Nord se doit aussi de les comprendre, de les partager, sans donner de leçon. Et d’apprendre également de ce qui se fait ailleurs, en oubliant les vieilles postures de colonisateurs », place-t-il. Dans son discours inaugural, en présence des huiles locales, le président du CDMM ne s’est ainsi pas privé d’aborder la question des migrants. « Parce qu’on ne peut pas accepter, qu’en 2016, des jeunes de 17 ans meurent sur nos côtes », tance-t-il.

Retrouvez « Chroniques méditerranéennes », notre nouvelle rubrique sur les bonnes initiatives développement durable ailleurs en Méditerranée, dans votre prochain numéro de Ressources. Sortie prévue le 15 décembre 2016. 

A Nice, le réveil de la jeunesse contre la loi travail

« On n’est pas du bétail, à mort la loi travail ». Ce mercredi après-midi, à Nice, plus de 200 jeunes sont descendus dans la rue pour crier leur colère contre la loi El Khomri. A l’appel national de plusieurs syndicats, ils ont pris la tête d’un cortège de 1 300 à 3000 mécontents (selon les calculettes respectives de la police et des organisateurs). Et si les chiffres ne flirtent pas avec ceux des mobilisations anti-CPE, qui avaient enflammé bahuts et facs en 2005 et fait plier le gouvernement, « c’est important et symptomatique que la jeunesse se mobilise pour son avenir », juge Robert Injey, responsable niçois du PCF, qui prévoit « une montée en puissance » de la mobilisation pour les prochaines manifestations prévues d’ici au 31 mars. La perspective d’un péril jeune ? En attendant, Ressources est allé à la rencontre des lycées et étudiants du cortège pour comprendre les raisons de la colère.

« On se demande pourquoi on fait des études »

Sébastien, 20 ans, et André, 19 ans

Sébastien et André, 20 et 19 ans

En BTS « Chimie » à Nice, ces deux potes ont séché les cours pour rejoindre la manif’. « J’ai entendu parler de la loi dans les journaux et je ne suis pas d’accord. Parce qu’elle favorise le patronat, les licenciements. Ce qui me fait peur, c’est qu’on va arriver sur un marché du travail sinistré, sans embauche, qu’on sera sous-payé », lance André, qui n’en est pas à son premier défilé. « On fait des études mais on se demande à quoi ça sert si au final on galère pour trouver du boulot, et qu’en plus on peut être viré pour tout et n’importe quoi », ajoute Sébastien, encouragé par son père à « s’engager politiquement autrement que par le vote ».

« Je ne pensais pas manifester sous la gauche! »

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Manu, 18 ans

« Je m’appelle Manuel, mais écrivez plutôt Manu ». A 18 ans, ce Vençois en licence d’Histoire, accroché à son drapeau des Jeunesses socialistes, est « un pur déçu » du gouvernement. « En 2012, je n’ai pas voté, j’avais 14 ans. Mais je m’étais engagé à fond pour la gauche, au sein des MJS. J’avais fait la campagne sur Grasse, en tractant, en faisant du boîtage… Ce qui me plait, c’est les valeurs de la gauche de cette époque : solidarité, social, progrès, défense des travailleurs pour rétablir un équilibre dans ce tout libéral… Quatre ans après, il y a de la colère, de l’amertume. Cette loi travail, c’est une trahison. Bientôt, pour choper un job étudiant, il faudra quoi ? Se prostituer ? »

« Le gouvernement se trompe de problème »

Morgane, 25 ans, Romy, 23 ans, et Manon, 24 ans

Morgane, 25 ans, Romy, 23 ans, et Manon, 24 ans

En Master 2 « Traduction, sous-titrage, doublage » à Nice, ces copines ont sorti sifflet et casseroles pour faire du bruit contre la loi. « On ne veut pas sa modification mais son retrait », lance Manon. « Ils veulent nous faire passer sur les modèles anglais, allemand. Que l’on cumule les petits boulots, comme le fait ma cousine à Londres depuis des années. C’est invivable », renchérit l’étudiante, persuadée que le gouvernement « se trompe de combat ». « J’ai un ami qui a une PME, il m’en veut parce que je manifeste. Il est plutôt pour la loi tout en disant qu’il y a trop de charges, que c’est dur… C’est à ça que l’Etat devrait travailler : réduire les charges pour favoriser les embauches, et non pas simplifier les licenciements! »

« Je préfère être utile dans la rue que chez moi à regarder une série »

Amanda et Marie, 15 ans

Amanda et Marie, 15 ans

A 15 ans à peine, Marie et Amanda, en seconde au lycée Masséna de Nice, ont déjà un timide avis sur la loi. « Je sais pas trop quoi dire mais, c’est pour notre avenir. On veut pas ne pas avoir de boulot. Mais on ne veut pas non plus se tuer au travail », explique Amanda, qui se rêve journaliste et signe-là son baptême de manif’. « Moi, j’accompagne mes parents depuis petite. J’aime l’ambiance des manifestations. Et puis je préfère être utile dans la rue plutôt que chez moi à regarder une série comme le font d’autres copains », dixit Marie, qui aimerait être architecte.

Photo (c) A_Selvi

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