Société

Le RSA toujours plus stigmatisé dans les Alpes-Maritimes

Toujours plus dans la stigmatisation des précaires dans les Alpes-Maritimes, avec l’annonce lundi 8 février 2016 de la création d’une Section de contrôle et d’accompagnement des bénéficiaires du RSA. Cheval de bataille de M. Eric Ciotti, Président du Département des Alpes-Maritimes, la traque de toute forme d’assistanat se voit ainsi intensifiée, alors que le député avait déjà mis en place en 2015 un « plan expérimental de contrôle renforcé, portant sur 10% des bénéficiaires du RSA, soit plus de 2000 personnes installées de longue date dans l’allocation. »

Pour rappel, seul un tiers des personnes éligibles au Revenu de Solidarité Active « socle » (qui a remplacé le RMI, Revenu Minimum d’Insertion, le 1er juin 2009) en sont bénéficiaires. Et le taux de non-recours grimpait à 68% pour le RSA activité, désormais fusionné avec la Prime Pour l’Emploi (PPE) autour de la nouvelle « Prime d’Activité ». Pour cette dernière, 700 000 personnes supplémentaires se sont soudainement manifestés pour en bénéficier, à la grande surprise du gouvernement.

Les énormes taux de non-recours sur le RSA ont des explications auxquelles M. Ciotti devrait peut-être accorder une plus grande attention : stigmatisation du statut RSA, complexité bureaucratique, effets limités sur la réduction de la pauvreté, absence de communication autour du dispositif… Un frein idéologique autant que bureaucratique qui explique pourquoi cinq ans après sa création, la prestation sociale conçue par Martin Hirsch peut être considérée comme un échec : en 2014, 151 000 personnes seulement avaient pu franchir le seuil de pauvreté grâce à cette aide, quand le dispositif entendait le faire pour 2 millions d’individus en trois ans.

Ne serait-il pas préférable de concentrer les moyens financiers de plus en plus limités que les collectivités locales reçoivent de l’Etat au service des milliers de ménages qui ne touchent pas les aides auxquels ils ont pourtant droit ? Au lieu de cela, une nouvelle « section » interviendra aux côtés de la « brigade » anti-fraudes, créée en 2011. Une terminologie militaire récurrente décrivant probablement un ennemi de la nation à combattre pied à pied. Cette section « composée de cinq agents, est chargée de convoquer les bénéficiaires du RSA, d’examiner et de vérifier leur situation, de s’assurer de la réalité des ressources, d’examiner l’orientation dans un processus d’insertion et de détecter les fraudes éventuelles. » Cinq personnes supplémentaires à charge du contribuable maralpin.

Des bénéficiaires RSA menacés de punition dans les Alpes-Maritimes, contraints au bénévolat dans le Haut-Rhin… Au moment où le débat sur l’instauration d’un « revenu universel de base » s’invite de plus en plus dans les débats, ce surcroît de pression dans la lutte contre la fraude aux allocations, dont le « Département des Alpes-Maritimes est pionnier à l’échelle nationale », dixit le communiqué de presse, paraît quelque peu déplacé. Il y a urgence à reléguer légitimement les énergies fossiles au musée ? idem, pour les politiques fossiles !

 

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