Société

Nice : dans la rue pour fouler aux pieds l’état d’urgence

A Nice, ils étaient plusieurs centaines, ce samedi 30 janvier, à défiler, dès 14h30, de la place Garibaldi jusqu’aux grilles du Palais préfectoral. A l’appel de plusieurs organisations*, tous sont descendus dans la rue pour protester contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, dire non à la « politique de la peur » mise en place par le gouvernement. « Parce que, derrière de telles mesures, on peut justifier toutes les dérives possibles et inimaginables », pointe Teresa Maffeis, de l’Association pour la démocratie à Nice (ADN), qui déplore la stigmatisation induite par ce « tout sécuritaire ». « Tout ça va encore toucher les jeunes des quartiers qui, je crois, ont déjà eu assez en matière de stigmatisation. C’est aussi tout l’inverse de ce qu’on devrait mettre en place si on veut vraiment faire de la ‘déradicalisation’, comme le prône le gouvernement… », déplore-t-elle.

Dans le cortège, entre militants aguerris, simples citoyens, vieux, jeunes (et même quelques punk à crête), on trouve aussi des magistrats, à l’instar du juge Côme Jacqumin. « Les membres du Syndicat de la magistrature sont là parce qu’ils sont attachés à l’idée d’unicité du statut de citoyen dans notre pays. Le fait que l’état d’urgence, ce régime ‘exceptionnel’, soit pérennisé et qu’un texte de réforme de la procédure pénale fasse rentrer dans le droit commun des mesures d’exception au quotidien, sont des choses auxquelles nous sommes très sensibles. Puisque le cœur de notre métier, c’est la sauvegarde des libertés individuelles et la mise en oeuvre concrète de la séparation des pouvoirs. Or les textes qui nous sont annoncés s’attaquent  directement à ces équilibres institutionnels fondateurs de notre démocratie depuis Montesquieu », juge le professionnel.

Ne pas laisser l’exécutif empiéter sur l’indépendance de la justice, c’est aussi le credo d’Henri Busquet, secrétaire de la Ligue des droits de l’Homme 06, rencontré, lui aussi, dans les rangs de la manifestation. « Les dispositions prévues par l’état d’urgence, comme les perquisitions, pouvaient déjà être mises en oeuvre à l’aide des lois ‘normales’, comme la loi anti-terroriste par exemple. A la différence près qu’elles étaient conditionnées par l’accord et l’intervention du juge des libertés. C’est cette différence qui pour nous est énorme et fondamentale », conclut-il.

*ADN, Amis de la liberté, Attac 06, CCIF 06, CGT Educ’Action, Ensemble, FSU 06, Habitat et Citoyenneté, LDH 06, NPA 06, MRAP 06, PC 06, PG 06, RESF 06, SAF 06, S.M 06, Sud Solidaires 06.

Photo (c) Aurélie Selvi

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