Société

Ligne 16, la voix citoyenne du quartier de l’Ariane

Qui a dit que le quartier niçois de l’Ariane était condamné à la rubrique des faits divers ? Certainement pas l’équipe du média citoyen Ligne16.net Lancé en 2012 en réponse à un appel à projet de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) axé sur les « médias de proximité », ce site Web – du nom de l’unique ligne de bus qui dessert l’enclavée et mal-nommée citée – veut justement en pulvériser les clichés. « Lorsque nous l’avons créé, avec le musicien Wilfried Houssin et l’informaticien Jérôme Blanchi, nous avions déjà plusieurs années d’expérience sur le terrain. Sans nier les difficultés du quartier, on y voyait aussi plein d’initiatives positives à l’oeuvre… jamais relayées dans les médias traditionnels. Dès le départ, l’idée était de faire de ce média un champ d’expérimentation autour de la création audiovisuelle et télévisuelle par et pour les habitants de l’Ariane, dans un esprit Do it yourself, basé sur la coopération et de l’utilisation de logiciel libre. Le message, c’est : si on a envie, on fait! » explique l’artiste Katia Vonna-Beltran, de l’association La Boîte, cofondatrice du projet.

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Katia, de l’association La Boîte, a cofondé le média en 2012.

En quatre ans, le petit média est devenu grand. Chaque semaine, dans les locaux de ZESTE, boulevard de l’Ariane, Tania Cognée, chargée de développement au Centre de création niçois dédié au spectacle vivant et au numérique, Le Hublot, partenaire du projet, réunit ainsi une bande de journalistes-citoyens animés par l’envie de raconter le quartier. Café et bonnes idées s’y échangent, dans une convivialité communicative. « Il y a 5 mois, j’ai rencontré Tania et Katia à la Mission locale d’insertion. Elles m’ont parlé du média, raconte Mohamed, l’un des piliers de Ligne16.net. On a discuté et elles m’ont lancé : ça te dirait d’animer une émission demain  ? J’avais déjà fait de l’animation auprès de jeunes de 11 à  15 ans. J’ai foncé ! Ce qui me plaît, c’est que les habitants aient la parole, qu’on puisse proposer une alternative aux grands médias qui nous stigmatisent trop souvent », renchérit le garçon de 24 ans, passionné par le micro, qu’il aime tendre au fil de ses interviews et des émissions qu’il anime avec l’aisance d’un pro. Parmi les thèmes évoqués : l’emploi ou encore la vision des jeunes sur leur quartier. A son arrivée à l’Ariane, il y a quelques années, Jocelyne a elle aussi été séduite par l’initiative. C’est même à cette maman que l’on doit le premier article du site, « Dans ma rue », un reportage-photo. « J’ai connu Tania lors d’un atelier CV organisé avec Pôle emploi. Quand elle m’a parlé du média, j’ai trouvé ça génial. Parce que le quartier est mal perçu à tort, qu’il y a ici plein de super idées, de jeunes qui veulent s’en sortir, de gens qui ne demandent qu’à participer à la vie sociale », s’enthousiasme cette mère « branchée jardin », qui aime raconter les petites richesses de la flore cachées au détour des tours.

Citoyen donc très libre de ton, Ligne16.net ne se refuse rien en termes d’innovation. Ainsi, avec l’expertise en création numérique du Hublot, le média a développé une appli de réalité augmentée, Art mobilis, pour transformer le quartier en lieu de découverte et d’exposition permanente. « Au total, huit développeurs ont travaillé sur ce projet pendant 8 mois, en open source donc dans un esprit collaboratif fort. Elle permet de flasher des cibles et de voir apparaître sur l’écran des contenus : il y a les articles créés par l’équipe de Ligne 16 mais aussi des propositions d’artistes azuréens ou de jeunes du Hublot », détaille Frédéric Alemany, du Centre de création niçois, coordinateur du projet.

L'appli Artmobilis permet d'accéder à des contenus sur son smartphone en le dirigeant vers une cible papier.

L’appli Artmobilis.

Toujours en cours de peaufinage, l’appli, qui sera bientôt disponible gratuitement sur Playstore (uniquement pour Androïd), a vécu ce mercredi 1er juin son tout premier test grandeur-nature, en public. Une déambulation dans les rues de l’Ariane à la recherche des fameuses cibles – sortes de QR codes – qui a amené les curieux à explorer le quartier. Devant l’enseigne du Bazar St Jo, les smartphones parcourent le signe affiché au mur et c’est l’interview d’Ascension, la patronne du commerce, questionnée par Ligne 16, qui chatouille nos oreilles.  « J’avais pour projet d’ouvrir un bazar mais je ne savais pas comment faire parce que je n’avais pas fait d’études… » Pas peu fière, l’entrepreneuse fait visiter les lieux. Autour, Jean et Selena, ses neveux, papillonnent joyeusement… « Ici, c’est plus qu’un magasin. Les gens viennent, on boit le café, on sort des chaises et on discute. Qu’il y ait un média pour venir nous rencontrer, c’est bien parce que personne ne vient jamais nous voir alors qu’on n’est pas des monstres, on ne va tuer personne », sourit Ascension.

Nouveau stop à l’école primaire Pagnol, après une balade dans les rues flanqué du drôle de Véloprojo conduit par l’artiste Isidore, convié à l’expérience. Nuées de petits têtes, ravies de découvrir leur quartier en « réalité augmentée ». Parmi elles, Kenza, 9 ans, en connaît déjà un rayon sur le média citoyen… « Pendant les vacances de février, j’y ai participé. Ce qui m’a plu, c’est d’aller voir les gens. J’ai interviewé des dames, des enfants… J’ai enquêté ! « , relate l’élève de CM1. « Ligne 16, cet événement autour de la réalité augmentée, tout ça, c’est du lien, de l’humain. Les enfants en parleront à la maison et ça permettra aux parents de découvrir des initiatives qui se font ici, chez eux », analyse, quant à lui, Marc Le Roy, directeur de l’école, tandis que Tania Cognée distribue flyers et cartes de visite de Ligne 16. « Moi aussi, j’en ai eu une. Je suis journaliste », se marre un p’tit gars.


Au village, la Maison des solidarités de l’Ariane, on découvre les œuvres virtuelles, conçues par l’artiste cagnois Gabriel Fabre, sorte de tissu textuel créé à partir de phrases écrites par les bénéficiaires et les employés de ce CCAS local. Dans le square voisin, une fanfare chauffe l’ambiance sous le regard intrigué des gosses et des passants, téléphones en main pour immortaliser l’instant. « Ligne 16, c’est aussi un moyen de faire découvrir aux Niçois ce quartier. Nous aussi sommes Niçois, ici aussi il se passe des choses bien. Peut-être qu’en voyant tout ça d’autres prendront un jour le bus, la vraie ligne 16, pour venir à notre rencontre », se plaît à imaginer Cécile Desplanques, la responsable du Village. Sur le chemin qui nous mène vers la dernière halte, place du marché, Fatima, une habitante du quartier qui a suivi la visite, tient à passer un message : « sur Ligne 16, j’ai parlé du quartier et de l’importance à le garder propre. On nous fait de nouveaux immeubles jolis mais il ne faut pas les casser, il faut que chacun respecte l’Ariane », glisse la dame.

Photos (c) Aurelie_Selvi




 

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