Société

Condamné à 3 000 € d’amende avec sursis, Cédric Herrou continuera d’aider

Une condamnation en forme de… satisfecit. Voilà comment Cédric Herrou a accueilli, ce vendredi matin, la décision du Tribunal de grande instance de Nice, fendant une foule de près de 200 soutiens amassés sur les marches et le parvis du Palais de justice. A 37 ans, l’agriculteur aux petites lunettes rondes, devenu l’un des visages les plus emblématiques de l’aide aux migrants en France, a écopé de 3 000 € d’amende avec sursis pour ses actions revendiquées de « passeur citoyen ». Refusant de suivre les réquisitions sévères du parquet qui réclamait, lors de l’audience du 4 janvier dernier, 8 mois de prison avec sursis, la juge en charge d’instruire le dossier en correctionnelle a choisi de ne sanctionner l’aidant que pour une seule et unique raison : « le fait que Cédric Herrou ne puisse justifier de la situation de détresse personnelle de chacune des personnes qu’il a transportée de Vintimille jusqu’à la France », détaille son avocat, Zia Oloumi, « ravi de cette décision ».

De l’espoir pour les solidaires

Car, entre les lignes des motivations de la magistrate, ce sont bel et bien des raisons d’espérer qui se font jour pour la multitude de solidaires engagés dans l’aide aux exilés, sur le territoire des Alpes-Maritimes et au-delà. Condamné pour ne pouvoir justifier la situation individuelle des près des 200 migrants qu’il ne cache pas avoir aidé à « passer », l’agriculteur frondeur de la Roya n’a en rien été inquiété, comme le souhaitait pourtant le procureur, pour avoir monté chez lui un camping de fortune destiné à accueillir ces personnes en détresse qui affluent dans la vallée. Relaxe, aussi, pour l’aide à la circulation qu’il a pu leur porter sur le territoire français, en les véhiculant depuis les routes escarpées de la Roya jusqu’à son modeste chez-lui ou en les déposant dans des gares afin qu’ils poursuivent leur route. Aucune condamnation, enfin, quant au fait d’avoir participé, en octobre dernier, à l’ouverture d’un lieu d’hébergement de fortune dans un bâtiment SNCF désaffecté de Saint-Dalmas-de-Tende pour palier l’absence de structure d’accueil destinées aux réfugiés dans les Alpes-Maritimes.

« On va être encore plus transparent »

« Ce jugement rappelle qu’agir à titre humanitaire n’est pas un délit, qu’héberger ou véhiculer, sans contrepartie, des personnes en détresse déjà présentes sur le sol français ne peut être condamnable. Seul un flou artistique demeure quant à l’aide à l’entrée sur le territoire. Pour cadrer les choses, cette décision était nécessaire », commente Zia Oloumi, l’avocat de Cédric Herrou. Même constat du côté de l’agriculteur, résolu à poursuivre ses actions, aux côtés des autres Azuréens solidaires. A la première personne du singulier, c’est d’ailleurs la troisième qu’il a préféré pour s’exprimer ce vendredi. « Dans nos actions, on a toujours fait preuve de transparence. Le seul écueil, c’est qu’on n’a pas pu prouver la nécessité de prendre en charge ces personnes depuis l’Italie. Alors, on va travailler là-dessus : garder les noms, les histoires des gens en difficulté qu’on aide depuis Vintimille… On va être encore plus transparent. Et les 3000 € ? Pour aider des gens en détresse, je trouve que ce n’est pas si cher payé. C’est un bon deal ! », relativise l’agriculteur de Breil-sur-Roya, dont l’action et la liberté de ton n’ont pas fini de donner de l’urticaire aux responsables politiques locaux…

Un pied-de-nez politique 

Ce jeudi encore, dans les colonnes du quotidien Nice-matin, le Conseil départemental, par la plume de son directeur général des services, fustigeait dans une tribune les propos de Cédric Herrou sur l’accueil trop aléatoire des mineurs isolés étrangers sur le territoire des Alpes-Maritimes, pointant « une critique (…) désinvolte et injuste ». Le 30 décembre dernier, c’est le président du département himself qui publiait un texte dans ces mêmes colonnes, fulminant contre l’élection, par des lecteurs du journal, de l’agriculteur de la Roya comme « Azuréen de l’année »… Dans son allocution depuis les marches du Palais, Cédric Herrou n’a pas manqué de leur rappeler son point de vue : « La justice est témoin des conditions déshumanisantes dans lesquelles ces gens sont entrés sur le sol français. (…) Les responsables politiques ont le devoir d’assumer leurs responsabilités en [les] accueillant avec dignité, que ce soit une mairie, un département, une région, une nation, un continent comme l’Europe. Ils se doivent de respecter le droit humain, le droit des enfants avant tout. La justice n’est pas aux pieds d’une politique stigmatisante, elle l’a prouvé. La politique ne doit pas manipuler des peuples par la stigmatisation d’une religion, d’une race, d’une couleur de peau, d’une provenance. Nous concitoyens, levons-nous, prenons possession de la politique, la politique de terrain, la politique populaire, la politique concitoyenne ! Ce n’est pas sous la menace d’un préfet, ce n’est pas sous les insultes d’un ou deux politiques que nous arrêterons. Nous continuerons parce que c’est nécessaire de continuer… », a-t-il lancé sous les applaudissements.

Une foule de médias a encerclé l’agriculteur (c) Stéphane_Robinson

Le vibrant appel d’un curé de la vallée

Ce vendredi, le délibéré symbolique s’inscrivait dans le cadre d’un cycle de trois journées nationales contre le délit de solidarité. A Nice, des tables-rondes sur ce thème égrainent ainsi la journée. Outre une foultitude de militants associatifs, dont plusieurs ont pu prendre la parole pour éclairer la situation alarmante à la frontière de leurs témoignages de terrain, c’est aussi le vibrant plaidoyer pour la solidarité lancé par la communauté catholique qui a fait mouche, ce vendredi, au cœur du Vieux-Nice. A l’instar de François-Xavier Asso (lire Ressources #6), l’un des prêtres de la paroisse de Notre-Dame-de-la-Roya : « Nous avons le devoir de désobéir aux lois injustes, inhumaines, comme cela se fait actuellement aux Etats-Unis, par un vaste mouvement de contestation contre les décrets arbitraires de Donald Trump, tout comme l’ont fait dans les années 65 Rosa Parks, le pasteur Martin Luther King et tant d’autres… », a-t-il notamment lancé dans un poignant discours. Ce vendredi, en tous cas, la justice a prouvé qu’en terres azuréennes, il n’était pas impossible de croire en ses rêves solidaires…

Par Aurélie Selvi et Stéphane Robinson – Photo de une (c) Sébastien_Sigaut 

–> A (re) lire, notre dossier « Réfugiés – Les visages de la solidarité », paru dans le dernier numéro de Ressources. Disponible –> par là !

Commentaires

  1. Stéphane HESSEL (Indignez-vous !) a fait des petits et je l’imagine en train de sourire.
    Merci à Cédric Herrou et tous ces citoyens anonymes pour qui la FRATERNITE passe avant tout.

Laissez un commentaire