Société

A Nice, des étudiants chinent les bonnes idées anti-gaspi

De l’art de se poser les bonnes questions au bon moment. Ce jeudi soir, à Nice, trois étudiants en première année de Master pro Gestion de l’environnement & développement durable (le 1er Master pro de France sur cette thématique) ont organisé une conférence en forme d’incubateur de bonnes idées locales sur le gaspillage alimentaire, en partenariat avec l’Imredd. Une problématique cruciale alors que chaque année plus de 10 millions de tonnes de déchets alimentaires sont produits… dont 6,5 millions de tonnes rien que dans nos foyers, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. D’après l’Ademe, un Français moyen jette environ 20 kg de déchets alimentaires par an, dont 7 kg d’aliments non-consommés encore emballés. Soit un total de 160 € gaspillé par an et par personne. « Ce qu’on a voulu faire, c’est aborder la problématique selon différentes échelles, de la collectivité locale à l’entreprise, et surtout montrer qu’on peut mettre en place des actions pour lutter contre le problème », détaillent en substance Perrine Delsalle, Romain Texier et Audric Cantella, le trio qui, au sein de cette promo, constitue le groupe « communication – événementiel ».

Pour ne pas voir que le verre à moitié vide et se cantonner au discours alarmiste sur les quantités de Ressources qui finissent au fond de nos bonnes veilles poubelles, les invités à la tribune ont égrainé leurs solutions, déjà à l’oeuvre sur la Côte d’Azur. A l’instar de Gilles Pérole, adjoint à l’éducation de la ville de Mouans-Sartoux et président de l’association « Un plus Bio« , qui milite pour la conversion des cantines françaises à l’Agriculture biologique. Déjà à l’oeuvre dans celles de cette commune azuréenne, phare du développement durable, depuis 2012 (lire Ressources #2), la transition vers le 100% Bio s’est couplée ici à un plan de réductions des restes alimentaires. Avec poubelles de tri ludiques à usage des écoliers, suppression du conditionnement à la portion et adaptation des quantités servies à l’appétit de chacun, etc. La pesée quotidienne des restes et le report systématique des données pour les mettre en perspective a ainsi permis à la ville de constater une diminution du gaspillage alimentaire de… 80% en 5 ans ! Une solution globale et bien pensée qui aurait de quoi inspirer d’autres collectivités…

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Une soixantaine de personnes a assisté à la conférence ce jeudi soir, bâtiment Nice Premium, dans la Plaine du Var.

Du côté du monde de l’entreprise aussi, l’anti-gaspi fait germer des idées et des emplois. Dénichée par les étudiants, la start-up parisienne Phénix en est une savoureuse illustration. Fondée il y a deux ans, elle propose un service en gestion des invendus aux entreprises, secteur de la grande distribution en tête, et une mise en relation avec le monde associatif pour éviter les pertes. « Un enjeu de développement durable d’abord, car nos ressources ne sont pas illimitées. Mais aussi de solidarité, puisque les associations d’aide alimentaire sont victimes d’un effet ciseau entre la baisse des subventions et l’augmentation du nombre de bénéficiaires », détaille Anne-Sophie Leicher, qui a participé à la conférence en tant que représentante de la toute nouvelle antenne Paca de l’entreprise, basée à Marseille. En France, 80% du territoire est désormais couvert par la start-up de l’économie circulaire qui travaille d’ores et déjà avec 125 enseignes partenaires et a déjà créé, au passage, une trentaine d’emplois…

L’infographie (alarmante) du ministère de l’Agriculture sur le gaspillage alimentaire.

Chef d’orchestre du tissu d’entrepreneurs locaux, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) azuréenne a également profité de l’initiative étudiante pour présenter son plan de lutte anti-gaspi mis en place dans le secteur de la restauration, à l’origine à lui tout seul au plan national de 14% du gaspillage alimentaire, soit 400 000 tonnes gaspillées par an, et de 6 500 tonnes de bio-déchets rien que sur le territoire de la métropole Nice Côte d’Azur, selon les données présentées par la CCI. Pour lutter contre ces chiffres indigestes, la structure institutionnelle sensibilise, depuis 2014, les restaurateurs à l’utilisation de « doggy bag ». Il y a deux ans, son test, réalisé auprès de 73 commerçants, avait ainsi recueilli un taux de satisfaction de 90%.

Pour ne pas manquer la prochaine conférence agite-méninges des étudiants du Master « Gestion de l’environnement et développement durable », rendez-vous sur Twitter (@IMREDDevents), sur Facebook ou par là. Prochaine conférence le 26 mai, sur le tourisme durable.

Photo de couverture (c) Franck_Terlin

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