Société

A Antibes, Pierre Rabhi accueilli en rock star

Une file d’attente serpentant sur plusieurs dizaines de mètres autour du palais des congrès d’Antibes, où l’on patiente à coup de sandwichs, de cafés, emmitouflés dans des manteaux d’hiver. A l’intérieur, une salle pleine deux heures avant le début de l’événement. Et une foule de spectateurs assis en tailleur devant des écrans, à même le hall, pour assister à une retransmission en live. Ce samedi après-midi, la conférence, organisée par la municipalité antiboise dans le cadre de son cycle « Demain, l’humain », a pris des allures de concert de variét’, les reventes de billets à prix prohibitif en moins (gratuité oblige). Ce n’est pourtant ni un Johnny ni un Maître Gims qui a fait bouger tout ce beau monde à l’heure de la sieste en plein week-end mausade mais un petit bonhomme – pantalon en velours de prof d’histoire-géo – posé dans un fauteuil deux fois plus large que lui. Lui, c’est Pierre Rabhi. Ex-ouvrier venu d’Algérie, devenu paysan ardéchois et, depuis plusieurs décennies, chantre français de l’agro-écologie et du retour à la terre, créateur du mouvement Colibris, de l’association Terre et Humanisme… Et c’est de tout cela qu’il est venu causer. Une parole qui a visiblement essaimé. En 2009, dans la même salle, celui que l’on présente désormais comme un penseur, voire un philosophe, réunissait 950 personnes. Ce week-end, il a doublé la mise, assure-t-on du côté de l’organisation.

« Pierre Rabhi, on sait qu’il a été associé au documentaire Demain, même si on ne l’a pas encore vu. Mais on ne le connait pas vraiment. Il y a cet effet buzz qui nous a donné envie de venir. Et puis l’écologie, c’est un sujet qui nous intéresse alors on avait envie d’écouter ce qu’il a à dire », expliquent Marie et Mathieu, un couple de trentenaires, cadres à Sophia-Antipolis, avant le début de la retransmission. Un discours qui aurait fait plaisir à Edith, posée un peu plus loin, 20 ans de plus au compteur et déjà convertie à la vision de Rabhi. « Je crois en lui pour changer le monde. Et de voir autant de personnes, surtout des jeunes, aujourd’hui, c’est impressionnant. Parce que c’est grâce à eux que les choses vont bouger. A notre âge, nous plantons les graines que les générations d’après feront germer », lance cette Niçoise.

Ni « gourou », ni « saint » (« j’ai laissé mon auréole à la maison », blague-t-il), pendant plus d’une heure, Pierre Rabhi a égrainé son parcours et partagé les fondamentaux de sa pensée pour une autre société, loin du tout consommation. En pointant au passage les inepties inventées par la nôtre. « La science qui fait du bien mais aussi du mal (…), qui soigne et invente les bombes nucléaires », « l’éducation qui privilégie la compétition à la coopération », « la dualité du monde » qui veut que l’on cloisonne tout, que l’on invente « des frontières, des idéologies », qu’on ne soit pas capable de se parler… dans un wagon de TGV; la modernité qui préfère la rationalité et oublie la poésie, les êtres humains trop chers que l’on remplace par des machines; ce « 1/5ème de la population planétaire qui en consomme 4/5ème des ressources »… Un tableau noir que le bonhomme colore inlassablement de ces alternatives, comme la création d’éco-lieux, l’entraide, le retour à la terre et à l’agriculture biodynamique, la sobriété heureuse… « Mais il ne suffit pas d’avoir des alternatives pour changer. Il faut que l’humain se change. On peut manger bio, recycler son eau et exploiter son prochain », lance-t-il.

Et s’il n’a fait que convaincre d’avantage ses aficionados, Pierre Rabhi a aussi ouvert quelques consciences. « On sort plutôt enthousiastes ! Cela fait un moment qu’on se dit qu’on veut un jardin, que j’aimerais me lancer dans une épicerie en vrac… C’est le genre de discours qui donne envie de passer des idées aux actes », juge Marie, la trentenaire cadre à Sophia.

 

 

Commentaires

  1. Nous étions 20 dehors a avoir tout tenter pour entrer..
    Ci- joint le mail adressé à Christine Pelissier, organisatrice de cette conférence…
    Cordialement
    Sylvie Cluzel

  2. Bonjour Madame,

    je suis venue rejoindre samedi un ami Roland Huttier vers 15h20, qui malgré le grand succès de cette conférence ( 1500 personnes), m’avait réservé une place assise dans la salle 1..j’arrivais de SETE et me suis permis d’entrer dans le hall, après avoir remarqué une 20 de personnes qui chantaient « on veut entrer! « sous la pluie….
    Un agent de la sécurité, de l’agence Exagone , très costaud m’a fusillé du regard et m’a ordonné de sortir, une de ses collègues au regard noir, a tendu son bras pour me faire reculer et restant très calme , mais déterminée, je suis restée dans le hall 30 mn, me faisant bousculer violemment et insulter par toute l’équipe de la sécurité, qui avaient reçu l’ordre de la direction de ne plus laisser entrer quiconque..mais personne de la direction n’est venu à notre rencontre..j’ai donc rejoint les personnes sur le parvis, qui devaient tenir un stand après 17h..la police est intervenue et nous a demandé de quitter les lieux..alors que 50 personnes ont quitté les salles durant la demie heure qui a suivi, il y avait donc des places..une jeune fille a collé des posts it clamant, amour, paix et communication..et a fini en larmes..
    J’ai contacté la rédactrice en chef de France 3 Mme Baffert, qui n’avait malheureusement pas d’équipes disponibles..
    Une autre femme a essayé de vous joindre par téléphone, sans succès..
    Je ne félicite pas évidemment toute l’organisation de la ville d’Antilles et espère que vous nous accueillerez dorénavant dans de meilleures conditions dans ce lieu public..
    ci-joint des photos de ce triste moment
    Sylvie Cluzel
    ancien professeur du CLG La Fontonne à Antibes

    • Bonjour,
      Oui, nous avions nous-mêmes noté l’ambiance très musclée, très virile, dans la gestion de la sécurité sur place.
      Les exposants conviés par Les Colibris 06 ont dû remballer au plus vite à 18h50, pressés par cette sécurité aux allures patibulaires, jouant clairement dans l’intimidation. J’ai trouvé cela pour le moins fort déplacé dans le cadre d’une conférence de Pierre Rabhi. Oui, le magazine Ressources ne félicite certainement pas la ville d’Antibes dans sa gestion fort désagréable de la sécurité. A Nice, une fillette a été grièvement touchée par des éclats lors d’une perquisition à tort du RAID. Pas de doute, l’uniforme et le brassard sont furieusement tendances en France… Ne cédons pas un pouce de terrain face à cette urgence qui se fait menace pour chacun au lieu de protection de tous. Bien cordialement. Stéphane Robinson

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