Environnement

Cinq raisons d’aller voir le film « Le potager de mon grand père »

Quatre ans après Super trash, ce film hybride pour les besoins duquel il avait vécu pendant plusieurs mois en immersion dans la décharge de la Glacière, à Villeneuve-Loubet, l’Azuréen Martin Esposito refait parler de lui dans les salles. Il y présente en ce moment, dans toute la France, son second long-métrage, Le potager de mon grand-père, sélectionné hors compétition lors du dernier Festival international du film d’environnement, en avril dernier. Dans ce film-documentaire sensible, c’est à son papi que le réalisateur s’en remet pendant près de deux années. C’est lui qui va lui apprendre, simplement, comment cultiver son jardin, créer ses semences,  respecter les saisons et la nature, se nourrir… Une leçon de chose et de transmission aussi naturelle que touchante. Cinq raisons de ne pas passer à côté de cette petite pépite durable Made in chez nous.

  • Pour le retour aux sources. « Après Super trash, j’avais déjà cette envie d’un retour aux sources, à la famille, aux valeurs de la terre. Malheureusement, à la sortie du film, ma grand-mère est décédée… J’ai compris que le temps passait vite et qu’il fallait absolument que je fasse un film sur mon grand-père, sur la transmission et l’amour. J’ai décidé de faire cette immersion totale dans son potager, sorte de Karaté kid, d’apprentissage de la vie », détaille Martin Esposito. Partant de son histoire familiale et donc très personnelle, il réussit cependant à nous transmettre quelque chose d’éminemment universel : l’importance des anciens, de la transmission de leur savoir, de ce retour aux sources, à la source de l’information. Comment se transmettent les semences, à quel moment les planter, pourquoi vaut-il mieux bannir le motoculteur, comment respecter la terre, les saisons, les lunes… ? Spectateur, on boit, comme du petit lait, les conseils et les explications que ce grand-père délivre à son petit-fiston. Plus qu’une curiosité, une leçon. « Trop de personnes âgées sont seules alors que nous avons tant à apprendre d’eux, de leur vie, de leurs expériences », souligne Martin Esposito. Cruellement vrai.
  • Pour s’émouvoir. Stylisé et un brin sensationnaliste, Super trash avait pu hérisser le poil de quelques spectateurs… Bien que très forte, cette dénonciation de l’opulence de notre société, surproductrice de déchets, souffrait tout de même d’un excès de mise en scène que d’aucun trouverait parfois too much – moi la première. Rien de tout cela dans Le potager de mon grand-père, bien au contraire. Traité avec humilité et beaucoup de douceur, ce thème de la transmission donne lieu à des moments d’une émotion rare. Outre les scènes évidemment touchantes où le grand-père évoque directement la disparition de sa douce et la solitude qui en découle, ce sont des silences et des petits moments du quotidien que l’émotion jaillit aux coins des paupières, sans crier gare.
  • Pour saliver. Du potager à la cuisine, il n’y a que quelques pas, que Vincent, ce fameux grand-père, tendre et bourru, franchit en permanence. Il faut le voir cueillir ses tomates, les ébouillanter, les épépiner, pour en tirer un coulis rouge pétant qu’il mélange dans ses bocaux avec des fleurs de basilic, avant de les classer méticuleusement par année sur ses étagères… Il faut retenir ses « mmmmmm » quand le bonhomme saisit une aubergine striée, la coupe en grande tranche, la couche dans un plat à gratin avant de recouvrir le tout de sauce tomate et de parmesan… Il faut encore étouffer les cris de son estomac quand il ramasse ses figues fraîches, ses mandarines pour en garnir son panier en osier. Véritable hymne au bien-manger et à la terre nourricière, Le potager de mon grand-père donne envie de filer se mettre à table une fois ses fesses levées du fauteuil rouge de la salle de ciné. Et de boycotter à tout jamais les fast-food.
  • Pour rire. Faire passer le spectateur de la larmichette au bon gros éclat de rire, voilà une corde supplémentaire à l’arc de ce film. Avec sa gueule de ciné et son franc-parler de monsieur qui n’en a jamais fait, Vincent, le grand-père, a la puissance d’un humoriste qui s’ignore. Ces monologues sur l’importance des lunes en matière de pousse des légumes n’ont rien à envier, par leur complexité, à quelques sorties improbables et cultes d’un Jean-Claude Van Damme. De ses échanges familiers et vrais avec son petit-fils naissent aussi des moments d’anthologie. Comme cette fois où Martin Esposito, qui s’est lancé, lui, dans un potager en permaculture, se gargarise de ne pas avoir eu à arroser ses tomates pour qu’elles poussent avant que son papi, sourire malin et accent à couper à l’Opinel, n’avoue : « bin moi je te les ai arrosées, elle serait pas comme ça sinon« .
  • Pour passer à l’action. Au fil du film, on a surtout envie de sortir bloc-note et crayon pour ne pas perdre une miette des bons conseils du grand-père, qui cultive sa terre sans aucun pesticide ni traitement, réalise ses propres semences, est totalement incollable en matière de cueillette des champignons, connaît les bons coins en montagne pour aller chercher son humus garni d’épines de pin, idéal pour enrichir sa terre… Par la comparaison omniprésente entre le grand-père et la tantine de Martin Esposito, qui cultive elle aussi un lopin de terre à côté du sien, dans le vallon d’Antibes, selon des techniques toutes différentes (motoculteur, traitement anti-insectes etc.), ce sont les bonnes et les mauvaises pratiques qui sautent aux yeux. Idem quand Martin Esposito, nourri par les conseils de son aïeul, va au-delà en se lançant dans un potager exemplaire en permaculture. On regrette presque, en fin de séance, que le papi et son petit-fils n’aient pas encore pris la plume pour écrire un petit précis de jardinage à ramener dans notre bibliothèque…

Le potager de mon grand-père, à l’affiche dans près de 300 salles en France. Dates et lieux de projections –> par là.

Vincent, le grand-père de Martin Esposito, est aussi incollable en cueillette des champignons !

Vincent, le grand-père de Martin Esposito, est aussi incollable en cueillette des champignons !

Photos (c) Martin_Esposito

 

 

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