Économie

Pour consommer plus éthique, et si on payait en Coopek ?

C’est la bonne idée venue du Tarn… Le 3 octobre 2016, une poignée de motivés de la région Midi-Pyrénées a lancé le Coopek, une monnaie complémentaire numérique à vocation nationale. Pouvant être utilisé en « complément » – donc – de l’euro, ce moyen de paiement a pour ambitieux but de « mettre en place une économie nouvelle, plus juste, plus respectueuse de l’environnement et moteur d’une société plus durable ». Ressources a passé le Coopek à la moulinette.

Comment ça marche ? 

Dès que le Coopek est implanté près de chez vous, si vous souhaitez en bénéficier, il suffit de se rendre sur le site de la monnaie, de souscrire à un abonnement annuel à la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui l’a lancée (20 € pour un particulier, 50 € HT pour un entrepreneur). Cela fait de vous un membre de la coopérative Coopek. Il est possible ensuite de créditer son compte et de recevoir sa carte nominative de paiement, sachant qu’1 € = 1 Coopek. La souscription de base est de 50 € pour un particulier, 100 € pour une entreprise, entièrement restituée en Coopek. La SCIC met à jour, au fil de l’implantation de sa monnaie en France, les lieux qui l’acceptent. Au plan national, le Coopek bénéficie déjà d’un premier partenaire : les magasins Biocoop.

Quel intérêt de payer en Coopek ?

Servir l’économie réelle. Postulat n° 1 : « le Coopek n’a pas vocation à remplacer le système actuel mais bien à apporter un système complémentaire qui profite aux plus engagés pour un développement plus durable et une société plus équitable », dixit l’équipe, qui voulait créer une monnaie au service de « l’économie réelle » ; hors système bancaire, en dehors de toute spéculation sur les marchés boursiers donc invulnérable en cas de crise financière. « 98% de la monnaie existante dans le monde sert aux échanges boursiers ou financiers. Donc, seulement 2% servirait à l’économie réelle. (…) La raison voudrait que tout cela s’arrête. Une raison plus grande encore consiste à imaginer des solutions alternatives et complémentaires », plaide-t-on dans les instances de la SCIC Coopek.

Favoriser les entreprises françaises. « Le but est de favoriser les échanges locaux, en circuit court, mais aussi les entreprises françaises, puisque la monnaie est nationale », explique Gérard Poujade, cofondateur du Coopek. Exemple : « si vous quittez la Côte d’Azur pour aller vivre en Côtes d’Armor, le but est que vous puissiez continuer à utiliser le Coopek. La monnaie vous permet aussi d’aller chercher le bon produit là où il est en France », détaille-t-il.

Gagner en pouvoir d’achat et d’action citoyenne. En payant en Coopek, chaque usager à accès à une bonification. En changeant ses euros en Coopek, le particulier bénéficie d’un bonus. Son compte est crédité de + 10% : 5% en pouvoir d’achat et 5% en Coopek solidaires (100 € sont égaux en fait à 105 Coopek). Les Coopek solidaires lui permettent de financer des associations à but non lucratif, sélectionnées par la SCIC et servant quatre secteurs de la transition : énergétique, alimentaire, carbone et sociale. Les sociétés qui adhèrent au Coopek peuvent, elles, se servir de la monnaie pour « fidéliser leurs clients » mais aussi « accéder à des crédits mutuels inter-entreprises à taux zéro », toujours pour financer des projets soutenant ces quatre grands items de la transition.

Où est-elle déjà implantée ? 

L’idée du Coopek a germé il y a 5 ans dans la tête de Gérard Poujade, ex vice-président de la région Midi-Pyrénées, maire de la ville de Le Sequestre. C’est donc dans le Tarn, où la SCIC est implantée, que les premiers repérages, maillages territoriaux et tests sur le terrain ont eu lieu, rien de bien étonnant. Là-bas, le Coopek a déjà ses adeptes. En tête des utilisateurs : le secteur… du bâtiment. Chocolatiers, acteurs de l’agro-alimentaire se sont aussi saisis de la monnaie complémentaire. Fin octobre, à Toulouse, une première boucle d’échanges vertueux permis par la monnaie sera présentée : un centre de compostage, une mutuelle et une clinique du même secteur ont adhéré à la SCIC. « Concrètement, cela permettra au particulier de payer en Coopek à la clinique, à la mutuelle de rembourser ses clients en Coopek et à la clinique de payer le centre de compostage pour la valorisation de ses déchets de la même manière. On est au-delà des échanges particuliers-entreprises car le Coopek permet aussi des échanges inter-entreprises », ajoute Gérard Poujade.

Comment faire en sorte que le Coopek débarque sur la Côte d’Azur ?

Encore au tout début de son aventure, la SCIC Coopek a d’ores et déjà découpé le territoire national en 308 secteurs géographiques. Pour que la monnaie, uniquement implantée pour l’heure dans le Tarn, se développe ailleurs, « il suffit qu’une vingtaine d’entreprises et/ou associations manifestent leur intérêt dans un même secteur pour que l’on installe un aKtiveur, c’est-à-dire une société ou une structure-référante localement de la monnaie. Ensuite, nos équipes se mettent à disposition dans cette région pour aider cette communauté à développer le Coopek et à trouver d’autres adhérents », explique Gérard Poujade, qui précise que des personnes se sont déjà manifestées du côté de « Nice, Fréjus, Marseille… »

L’idée vient-elle de sortir du chapeau ?

Non ! Le Coopek ne cache pas notamment sa familiarité avec le WIR, cette monnaie complémentaire destinée aux TPE-PME suisse et mise à l’honneur dans le documentaire-événement de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Demain. Créée après la crise de 1929 à Bâle, cette monnaie, contemplée comme un OVNI à ses débuts, est utilisée, 80 ans plus tard, par… 60 000 PME suisses (+ de 20% des entreprises du pays) ! Elle permet aux entrepreneurs d’un même territoire de faire affaires les uns avec les autres, en dehors du système spéculatif des banques conventionnelles, et de créer ainsi une bulle financière en forme de bouclier anti-crise, puisque l’argent ne risque pas de perdre de valeur. En Suisse, le WIR est même devenu une banque. A une différence près : il n’y a ici aucuns intérêts sur les avoirs. Ce qui incite donc les détenteurs de WIR à les dépenses tout de suite, et donc à faire tourner l’économie de leur pays.*

Dans le Tarn, c’est justement dans le but de combattre la précarisation que Gérard Poujade, ingénieur de formation, a développé son idée. « En 2005, Le Sequestre, la commune dont je suis maire, a été l’une des premières de France à élaborer un Agenda 21, accès sur la lutte contre la pauvreté. Nous nous sommes beaucoup renseignés sur le sujet, au fil de rencontres, de conférences. C’est comme ça qu’on a découvert le concept de monnaie complémentaire. On l’imaginait régionale, mais l’aspect national lui donne encore plus de sens », conclut le cofondateur. La SCIC Coopek, qui compte une équipe d’une dizaine de personnes, aborde ce défi national pleine d’espoir et de lucidité. « Deux millions d’utilisateurs ne vont pas se lever en quelques jours. Nous voulons faire grandir progressivement Coopek en créant des réseaux robustes, petit à petit, région par région… » Des projets de monnaies locales complémentaires ont eux déjà fleuris sur la Côte d’Azur, à l’instant du Renoir, récemment lancé par les commerçants de Cagnes-sur-Mer pour défendre le commerce de proximité contre le monopole des centres commerciaux Polygone Riviera et Cap 3000 (lire Ressources #3 et #5).

*Source : Demain, le livre par Cyril Dion, éditions Domaine du possible – Actes Sud.  

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