Économie

PÊCHE DE LOISIR, PÊCHE DE NON-DROIT ?

MER / Méditerranée : la promesse d’une pêche durable.

Parmi les obstacles rencontrés par les pêcheurs artisans de Méditerranée, la concurrence des amateurs n’est pas des moindres. Explications de Christian DECUGIS, pêcheur et ancien administrateur de la prud’homie de St-Raphaël.

Peut-on vraiment parler d’un impact de la pêche de loisir ?

Chaque année, les plaisanciers, pêcheurs du bord et chasseurs sous-marins capturent la même quantité que nous professionnels : 40 tonnes rien qu’entre Marseille et la frontière italienne. Les tailles minimales sont rarement respectées. Les bateaux des plaisanciers sont parfois équipés de matériels bien plus sophistiqués que les nôtres. Sur les rivages, les enfants ramassent puis jettent des animaux. J’ai même vu des poulpes et des murènes pourrir au soleil…

Certains revendent-ils leurs prises ?

Bien sûr. Ils les revendent sous le manteau à des restaurants et des particuliers : une concurrence déloyale. En rentrant au port, je me suis rendu compte que plusieurs pêcheurs à la canne étaient là tous les jours, systématiquement. Je comprends que le contexte économique oblige certains à trouver des manières de survivre, mais là il s’agit de braconnage.

Comment s’organise la surveillance ? Y a-t-il des sanctions ?

En théorie, ils s’exposent à de fortes amendes. En réalité, les Affaires maritimes et la gendarmerie n’ont pas les moyens de leurs ambitions : la surveillance coûte cher et les contrôles en mer sont peu nombreux. Notre prud’homie a organisé elle-même sa mission de surveillance. Un jour nous avons trouvé un filet dans la réserve du Cap-Roux, nous avons aussitôt téléphoné aux Affaires maritimes qui nous ont donné l’autorisation de le relever. Quelques pêcheurs à la canne ont aussi été avertis. Il faudrait sensibiliser le public en faisant circuler l’information, mais c’est difficile : il n’y a pas vraiment de clubs ni de responsables. Comme pour la chasse et la pêche en eau douce, un petit permis serait bienvenu.

Propos recueillis par Thierry VIMAL

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