Société – Page 3

L’euro députée de Paca Michèle Rivasi candidate à la primaire écologiste

C’est officiel. Dans un long post mis en ligne sur son site le 1er août, l’euro-députée de Paca-Rhône-Alpes, Michèle Rivasi (EELV), annonce sa candidature à une souhaitée primaire écologiste, en forme de première étape avant l’élection présidentielle de 2017. Regrettant « le renoncement de Nicolas Hulot« , l’ex-dirigeante de Greenpeace France corrèle, dès le début de son propos, sa décision à la « perte de repères » générée par  » l’horreur des attentats et la surenchère sécuritaire mettant en péril nos libertés fondamentales ». Plaidoyer pour la résilience comme pivot de la « grande transition »  du « toujours plus » vers le « mieux vivre ensemble », sa déclaration dessine déjà les grands axes d’un programme.

Préférant l’état d’urgence… « écologique », celle qui cofonda, en réaction à la catastrophe de Tchernobyl, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), puis, en 2005, le Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM) met notamment en exergue la lutte contre la pollution atmosphérique en milieu urbain, « causant plus de 3,5 millions de décès prématurés par an dans le monde », ou encore « l’artificialisation et l’accaparement galopant des terres cultivables ». Souhaitant aussi lutter contre les inégalités sociales, l’élue Europe écologie-Les Verts, qui ne manque pas de lucidité sur son mouvement, qu’elle juge « en miettes », préfère s’enthousiasmer sur le succès du documentaire Demain comme miroir de « l’appétit des citoyens  pour inventer un nouveau projet de société » ; ou encore sur ces « petites graines de la réappropriation citoyenne » qui partout germent, selon Michèle Rivasi, évoquant aussi en creux des mouvements citoyens tels que Nuit Debout.

Fustigeant le « bilan écologique nul » de François Hollande, qu’elle exclut de soutenir, Michèle Rivasi égratigne au passage le candidat précocement déclaré Jean-Luc Mélenchon, affublé du doux sobriquet de « tribun bonapartiste », et affirme qu’elle sera candidate « pour représenter le peuple de l’écologie, des lanceurs d’alerte et des défenseurs de biens communs ». « L’écologie politique est un ailleurs qui transcende le clivage gauche / droite », assure celle qui se place résolument « du côté des victimes du système ». A 63 ans, Michèle Rivasi rejoint son collègue euro-député EELV Yannick Jadot sur les bancs des candidats d’une encore-hypothétique primaire des écologistes dont on ne connaît pour le moment ni la date ni l’heure…

 

Rendez-vous le 1er juillet à Nice pour le 1er événement RESSOURCES !

Ressources crée l’événement autour de son dossier d’été « LES CRÉATIFS CULTURELS – ILS CHANGENT DÉJÀ LE MONDE » le 1er juillet à Nice !

Quel est le point-commun entre une institutrice vençoise tournée vers les éducations nouvelles, un entrepreneur cagnois de la transition, un acteur de la conversion de cantines municipales au 100% Bio à Mouans-Sartoux, le président d’un média citoyen varois, une Niçoise engagée contre l’exclusion ou encore un patron-militant de l’insertion des jeunes issus de quartiers sensibles ? Tous sont des CRÉATIFS CULTURELS et portent haut une vision novatrice dans leur domaine. Né aux Etats-Unis en 2000 et mal connu en France, le concept de « Créatif culturel » désigne les acteurs du changement, les défricheurs. Dans la foulée de la sortie de notre numéro d’été, qui consacre un large dossier aux CRÉATIFS CULTURELS, Ressources magazine, en partenariat avec l’association La Semeuse, vous convie à son PREMIER ÉVÉNEMENT, GRATUIT ET OUVERT A TOUS, le 1er juillet, dès 18 heures, au Centre culturel La Providence, dans le Vieux-Nice. La rencontre-débat sera animée par Ariane Vitalis, auteure de l’ouvrage « Les créatifs culturels – l’émergence d’une nouvelle conscience » et l’équipe de Ressources, autour des personnalités locales à l’honneur dans notre n° 4. Dédicaces de l’auteure et apéro à l’issue de la rencontre.Venez nombreux ! Entrée gratuite, sur inscription par mail : soiree.creatifs.culturels@gmail.com

En présence de :

Dès 18 heures, début du débat à 19 heures. Centre culturel La Providence, 8 bis rue Saint-Augustin, dans le Vieux-Nice.

VISUEL CC

A Nice, l’inquiétante posture sécuritaire de la préfecture

Une quinzaine de policiers, dont plusieurs en tenue d’intervention avec bouclier, postés près d’une foule d’à peine plus de citoyens, disséminés dans les salles d’audience, d’attente et sur le parvis… Ce mardi 28 juin, à Nice, l’après-midi n’avait rien de franchement ordinaire au Tribunal administratif. Dans la forme, et le fond. Sur le banc des requérants de cette juridiction, qui s’intéresse au droit commun de l’ordre administratif, quatre ressortissants italiens, âgés de 51 à 29 ans, catalysent l’attention et les tensions. « C’est des ultras gauchistes, qui aiment pas le bleu. Des jeunes, tu vois, Nuit Debout, ces trucs-là… », glisse, peu avant l’audience, un policier, en pleine conversation avec l’interprète. Quelques minutes auparavant, celle-ci s’étonnait : « C’est étrange, je n’ai jamais vu d’Italiens là. C’est l’Europe, non ? » Européens certes, tous dormaient, depuis le 23 juin dernier, au Centre de rétention administrative (CRA) de Nice. Surveillés par la Police aux frontières, ces lieux peuvent retenir, pour une durée de 45 jours maximum et sous contrôle juridictionnel, les étrangers faisant l’objet d’une procédure d’éloignement et ne pouvant quitter immédiatement la France. Dans les faits, les CRA sont essentiellement peuplés de personnes en situation irrégulière ou de sans-papiers en attente d’expulsion, les Européens ne pouvant y être admis que selon des critères de gravité rarement invoqués. Comme ce fut le cas, quelques jours plus tôt (hasard du calendrier footballistique), pour onze supporteurs espagnols, interpellés dans la capitale azuréenne arborant des insignes néo-nazis, et expulsés dans la foulée…

Une quarantaine de policiers face à 8  « squatteurs »

Le 23 juin, ce n’est pas à Nice que ces 4 requérants italiens sont, eux, arrêtés par un déploiement policier massif (deux brigades d’intervention, avec chiens) mais dans l’arrière-pays mentonnais, à Breil-sur-Roya. Motif : depuis le 18 juin, en marge d’une déambulation citoyenne à vélo pour dénoncer le percement du second tunnel de Tende et réclamer l’ouverture des frontières, sur-contrôlées depuis le début de la crise migratoire en Italie en juin 2015, ces derniers y « squattent » un ex-poste frontière de la douane française, tombé en désuétude et désaffecté depuis Schengen. Ce matin du 23 juin, c’est avec des arrêtés nominatifs délivrés par le préfet des Alpes-Maritimes que les forces de l’ordre interviennent. Le lieu est alors occupé par 8 personnes : 3 Français et 5 Italiens. « Les policiers (une quarantaine) ont essayé de nous faire comprendre qu’il fallait qu’on se dissocie des radicaux italiens. Ils m’ont même demandé si j’étais touriste… Puis ils ont dit aux Français de rentrer chez eux », explique l’un des 3 trois Français. Les 5 Italiens sont eux conduits au CRA de Nice, avant un passage dans les bureaux de la Police aux frontières… où une interdiction de territoire français pour une durée d’un an leur est délivrée. Parmi eux, une Italienne est relâchée, les effectifs, « mobilisés sur l’Euro 2016 », selon la préfecture, n’ayant pas les moyens de la conduire à Marseille, au sein du CRA réservé aux femmes.

« L’Euro, le terrorisme et le flux migratoire »

Pourquoi un tel déploiement de choc ? « Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l’ordre public ou de la sécurité publique, une menace, réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société », argue la préfecture, s’appuyant sur un article du Code des étrangers. A la barre du Tribunal administratif, le directeur de cabinet du préfet ajoute : « les Alpes-Maritimes, ce n’est pas la Corrèze en termes d’immigration et de contestation. Nous n’avons pas à côté la Haute-Vienne et la Creuse. En 2015, 27 000 étrangers ont été interpellés à la frontière sans titre. (…) Un certain nombre de personnes contestent cela, au travers de multiples manifestations, autorisées ou non. L’autre contexte, c’est un climat de contestation dans la Roya autour du percement du second tunnel de Tende. » Et ce dernier d’invoquer des « notes de renseignement confidentielles » prouvant un « syncrétisme entre ces deux mouvements ».  Preuve que ces Italiens s’y associent ? Une note encore, remontée au préfet  le 22 juin, et mentionnant la présence dans le poste frontière « d’activistes pro-migrants No Borders » ; précisant l’apparition, pendant leur occupation, du tag : «  des tunnels pour les voitures, des barbelés pour les gens », ainsi que quelques affiches à l’effigie de la « vélorution » citoyenne du 18 juin. « Nous considérons qu’il y a une menace Zadiste à ce qu’ils restent dans les murs. (…) L’Euro mobilise déjà beaucoup les forces de l’ordre, il y a le terrorisme et le flux migratoire : nous ne pouvions pas soutenir une nouvelle installation », ajoute le directeur de cabinet du préfet, évoquant aussi une mystérieuse circulaire récemment produite par l’Etat et qui réclamerait une vigilance accrue sur ces sujets.

« On ne lit pas dans la tête des gens, on n’est pas dans cette société-là »

Excès de zèle, état d’urgence ou peur panique d’un Notre-Dame-des-Landes version vallée de la Roya à quelques jours du referendum en Loire-Atlantique ? A Nice, la mesure de fermeté prise par la préfecture n’a en tous cas pas trouvé de légitimité juridique, ce mardi, aux yeux du juge du Tribunal administratif. Aux termes d’une longue délibération, le magistrat a conclu au rejet des arrêtés et à la libération sine die des Italiens. Plus tôt, la plaidoirie de Me Oloumi, qui défendait les Européens, avait fait mouche. « Cette affaire a choqué tous les confrères, greffiers, policiers, avec qui j’en ai parlée. (…) Rien de concret dans l’arrêté du préfet motivant l’intervention mais tout y passe : la lutte contre le terrorisme, l’Euro 2016, les matchs à Nice et la fanzone, l’appartenance supposée au groupe No Borders, ces fameux radicaux italiens de gauche, terroristes, on ne sait pas trop ; on nous parle de ZAD… (…) Et je découvre aujourd’hui, quelques heures avant l’audience, des pièces produites a posteriori par la préfecture, mentionnant que ces personnes sont fichées en Italie, sans aucune preuve de condamnation… Tout cela n’est pas recevable », s’étonne l’avocat. « Est-ce que ces 4 citoyens européens, qui peut-être n’aiment pas le tunnel de Tende et prônent un monde sans frontières, auraient pu prévoir [d’installer une ZAD] ? On ne lit pas dans la tête des gens. On n’est pas dans cette société-là, inspirée des films d’anticipation américains », a-t-il ajouté, surpris de cette « mise entre parenthèse de l’Etat de droit ».

« Ni Zadiste, ni No Borders, ni djihadiste »

« Etre contre les frontières ou pour la préservation du territoire ne signifie pas être Zadiste, No Borders, ni même djihadiste », a lancé, à la barre, l’un des 4 Italiens. Son ami de rebondir : « Oui, on s’est installé pour dénoncer la dévastation de la montagne  et la discrimination faite  aux personnes à la frontière. Nous ne comptions pas rester : pour nous, c’était un symbole. » De symbole, l’audience de ce mardi aussi en avait quelques airs. Symbole des temps qui changent, sans doute ; des tons qui se durcissent ; et d’une certaine idée de l’ordre et de la sécurité qui oublie parfois les notions fondamentales de liberté. « Il y a un mouvement sociétal qui se met en place avec des citoyens qui utilisent leurs libertés individuelles pour revendiquer des choses. C’est leur droit. Comme celui du préfet d’utiliser tous les arguments juridiques à des fins politiques… », conclut Me Oloumi à l’issue de l’audience. A compter de la délivrance du jugement, la préfecture des Alpes-Maritimes dispose d’un mois pour faire appel de cette décision de justice.

Photo (c) Aurélie_Selvi / 24 juin 2016 – Deux des quatre Italiens s’accrochent aux barreaux de leur cellule du Centre de rétention administrative de Nice, en marge d’une manifestation de soutien organisée dans la rue. 

Ligne 16, la voix citoyenne du quartier de l’Ariane

Qui a dit que le quartier niçois de l’Ariane était condamné à la rubrique des faits divers ? Certainement pas l’équipe du média citoyen Ligne16.net Lancé en 2012 en réponse à un appel à projet de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) axé sur les « médias de proximité », ce site Web – du nom de l’unique ligne de bus qui dessert l’enclavée et mal-nommée citée – veut justement en pulvériser les clichés. « Lorsque nous l’avons créé, avec le musicien Wilfried Houssin et l’informaticien Jérôme Blanchi, nous avions déjà plusieurs années d’expérience sur le terrain. Sans nier les difficultés du quartier, on y voyait aussi plein d’initiatives positives à l’oeuvre… jamais relayées dans les médias traditionnels. Dès le départ, l’idée était de faire de ce média un champ d’expérimentation autour de la création audiovisuelle et télévisuelle par et pour les habitants de l’Ariane, dans un esprit Do it yourself, basé sur la coopération et de l’utilisation de logiciel libre. Le message, c’est : si on a envie, on fait! » explique l’artiste Katia Vonna-Beltran, de l’association La Boîte, cofondatrice du projet.

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Katia, de l’association La Boîte, a cofondé le média en 2012.

En quatre ans, le petit média est devenu grand. Chaque semaine, dans les locaux de ZESTE, boulevard de l’Ariane, Tania Cognée, chargée de développement au Centre de création niçois dédié au spectacle vivant et au numérique, Le Hublot, partenaire du projet, réunit ainsi une bande de journalistes-citoyens animés par l’envie de raconter le quartier. Café et bonnes idées s’y échangent, dans une convivialité communicative. « Il y a 5 mois, j’ai rencontré Tania et Katia à la Mission locale d’insertion. Elles m’ont parlé du média, raconte Mohamed, l’un des piliers de Ligne16.net. On a discuté et elles m’ont lancé : ça te dirait d’animer une émission demain  ? J’avais déjà fait de l’animation auprès de jeunes de 11 à  15 ans. J’ai foncé ! Ce qui me plaît, c’est que les habitants aient la parole, qu’on puisse proposer une alternative aux grands médias qui nous stigmatisent trop souvent », renchérit le garçon de 24 ans, passionné par le micro, qu’il aime tendre au fil de ses interviews et des émissions qu’il anime avec l’aisance d’un pro. Parmi les thèmes évoqués : l’emploi ou encore la vision des jeunes sur leur quartier. A son arrivée à l’Ariane, il y a quelques années, Jocelyne a elle aussi été séduite par l’initiative. C’est même à cette maman que l’on doit le premier article du site, « Dans ma rue », un reportage-photo. « J’ai connu Tania lors d’un atelier CV organisé avec Pôle emploi. Quand elle m’a parlé du média, j’ai trouvé ça génial. Parce que le quartier est mal perçu à tort, qu’il y a ici plein de super idées, de jeunes qui veulent s’en sortir, de gens qui ne demandent qu’à participer à la vie sociale », s’enthousiasme cette mère « branchée jardin », qui aime raconter les petites richesses de la flore cachées au détour des tours.

Citoyen donc très libre de ton, Ligne16.net ne se refuse rien en termes d’innovation. Ainsi, avec l’expertise en création numérique du Hublot, le média a développé une appli de réalité augmentée, Art mobilis, pour transformer le quartier en lieu de découverte et d’exposition permanente. « Au total, huit développeurs ont travaillé sur ce projet pendant 8 mois, en open source donc dans un esprit collaboratif fort. Elle permet de flasher des cibles et de voir apparaître sur l’écran des contenus : il y a les articles créés par l’équipe de Ligne 16 mais aussi des propositions d’artistes azuréens ou de jeunes du Hublot », détaille Frédéric Alemany, du Centre de création niçois, coordinateur du projet.

L'appli Artmobilis permet d'accéder à des contenus sur son smartphone en le dirigeant vers une cible papier.

L’appli Artmobilis.

Toujours en cours de peaufinage, l’appli, qui sera bientôt disponible gratuitement sur Playstore (uniquement pour Androïd), a vécu ce mercredi 1er juin son tout premier test grandeur-nature, en public. Une déambulation dans les rues de l’Ariane à la recherche des fameuses cibles – sortes de QR codes – qui a amené les curieux à explorer le quartier. Devant l’enseigne du Bazar St Jo, les smartphones parcourent le signe affiché au mur et c’est l’interview d’Ascension, la patronne du commerce, questionnée par Ligne 16, qui chatouille nos oreilles.  « J’avais pour projet d’ouvrir un bazar mais je ne savais pas comment faire parce que je n’avais pas fait d’études… » Pas peu fière, l’entrepreneuse fait visiter les lieux. Autour, Jean et Selena, ses neveux, papillonnent joyeusement… « Ici, c’est plus qu’un magasin. Les gens viennent, on boit le café, on sort des chaises et on discute. Qu’il y ait un média pour venir nous rencontrer, c’est bien parce que personne ne vient jamais nous voir alors qu’on n’est pas des monstres, on ne va tuer personne », sourit Ascension.

Nouveau stop à l’école primaire Pagnol, après une balade dans les rues flanqué du drôle de Véloprojo conduit par l’artiste Isidore, convié à l’expérience. Nuées de petits têtes, ravies de découvrir leur quartier en « réalité augmentée ». Parmi elles, Kenza, 9 ans, en connaît déjà un rayon sur le média citoyen… « Pendant les vacances de février, j’y ai participé. Ce qui m’a plu, c’est d’aller voir les gens. J’ai interviewé des dames, des enfants… J’ai enquêté ! « , relate l’élève de CM1. « Ligne 16, cet événement autour de la réalité augmentée, tout ça, c’est du lien, de l’humain. Les enfants en parleront à la maison et ça permettra aux parents de découvrir des initiatives qui se font ici, chez eux », analyse, quant à lui, Marc Le Roy, directeur de l’école, tandis que Tania Cognée distribue flyers et cartes de visite de Ligne 16. « Moi aussi, j’en ai eu une. Je suis journaliste », se marre un p’tit gars.


Au village, la Maison des solidarités de l’Ariane, on découvre les œuvres virtuelles, conçues par l’artiste cagnois Gabriel Fabre, sorte de tissu textuel créé à partir de phrases écrites par les bénéficiaires et les employés de ce CCAS local. Dans le square voisin, une fanfare chauffe l’ambiance sous le regard intrigué des gosses et des passants, téléphones en main pour immortaliser l’instant. « Ligne 16, c’est aussi un moyen de faire découvrir aux Niçois ce quartier. Nous aussi sommes Niçois, ici aussi il se passe des choses bien. Peut-être qu’en voyant tout ça d’autres prendront un jour le bus, la vraie ligne 16, pour venir à notre rencontre », se plaît à imaginer Cécile Desplanques, la responsable du Village. Sur le chemin qui nous mène vers la dernière halte, place du marché, Fatima, une habitante du quartier qui a suivi la visite, tient à passer un message : « sur Ligne 16, j’ai parlé du quartier et de l’importance à le garder propre. On nous fait de nouveaux immeubles jolis mais il ne faut pas les casser, il faut que chacun respecte l’Ariane », glisse la dame.

Photos (c) Aurelie_Selvi




 

Biot nous souffle les bonnes idées pour vivre différemment

Le saviez-vous ? On ne souffle pas que le verre à Biot. Depuis 2015, les bonnes idées éco-citoyennes s’y propagent aussi trois jours durant, au printemps. Dès ce vendredi 29 avril et jusqu’à dimanche, la deuxième édition du festival « Les souffleurs d’avenir » reprend ses quartiers dans plusieurs lieux de la ville de l’Ouest azuréen, partie à la conquête des alternatives et des innovations pour mieux vivre. Au programme, une foultitude d’événements pour tous les âges.

Ce vendredi, de 12 heures à 14 heures, la rencontre « Ecolonomie : entreprendre sans détruire », co-organisée par le Sophia club entreprises, donnera des clés pour faire passer sa boîte dans l’ère de l’économie circulaire et de la durabilité. Avec comme intervenant central Emmanuel Druon, qui s’est illustré en reprenant l’entreprise Pocheco en 1997 près de Lille, alors que celle-ci allait déposer le bilan. Pour sauver cette société, il a appliqué les principes de l’écolonomie pour un développement soutenable. Et a ainsi prouvé que ce modèle est rentable en réduisant les impacts sur l’environnement et la prévention des pollutions, en baissant la pénibilité et les risques du travail tout en améliorant la productivité de l’activité et du site. Un profil innovant que le grand public a peut être déjà découvert récemment dans le documentaire « Demain », signé Cyril Dion et Mélanie Laurent… et projeté samedi soir à Biot, juste avant un débat. Ce vendredi toujours, la première journée phosphorera autour de l’après-inondations et de la prévention du risque, quelques mois après la catastrophe naturelle qui a frappé le bassin biotois. Avec une rencontre, à 17 heures, intitulée « Renaître après la catastrophe » et une table ronde à 20h30 sur « La culture du risque et résilience du territoire ».

Tout le week-end, les animations jeunesse (films dès 3 ans, contes, théâtre, spectacles musicaux, maquillage et ateliers ludiques autour de l’astronomie…) ou adultes (yoga & méditation, ateliers culinaires avec des chefs, tressage, fabrication de produits ménagers écologiques, essai de vélo électrique…) se succéderont un peu partout dans la commune. Un marché bio, paysan et local, ainsi qu’un marché aux plantes, prendront aussi leurs aises samedi et dimanche, de 10 heures à 18 heures, dans les rues du village. Le mouvement citoyen Alternatiba 06 aura, quant à lui, son propre « Village des solutions » et accueillera de nombreux exposants qui présenteront leurs idées concrètes pour vivre plus durablement autour de quatre grands thèmes : nature, environnement, société, jeunesse & bien-être. Retrouvez-y de vendredi à dimanche l’équipe du magazine Ressources, au sein du quartier « médias », et venez échanger avec nous ! 

Festival « Les souffleurs d’avenir », dès ce vendredi 29 avril 2016 et jusqu’à dimanche 1er mai 2016, à Biot, dans les Alpes-Maritimes. Entrée libre. Programme détaillé, avec horaires et plans –> ici

Photo & Film (c) Ville_de_Biot 

A Nice, la #NuitDebout prend sa place

Etoile filante ou petite planète durable ? Les astres et les affres de la volonté le diront… En attendant, ce vendredi 8 avril (ou #39 mars, selon le nouveau calendrier contestataire), OUI, Nice a bel et bien rejoint le mouvement citoyen #NuitDebout, né dix jours plus tôt à Paris dans la foulée de la manif contre la loi travail. Dès 20 heures et jusqu’à tard dans la nuit, plusieurs centaines de personnes ont investi la place Garibaldi, qui accueillera, au plus fort de la soirée, une foule compacte de près (de plus?) de 500 têtes. De quoi faire tomber d’emblée quelques clichés collés à la carte postale. « Quand mes potes m’ont fait passer le mot d’une Nuit debout à Nice, j’ai rigolé et je me suis dit qu’il n’y aurait personne. Bin, ce soir j’ai envie de dire bravo! », lâche la parigot Joey, qui ouvre le tour de parole libre. A un jet de galet des terrasses où l’on sirote binouze et rosé frais en dînant, une assemblée générale citoyenne se met en place. Bouillonnante mais pas si brouillon. Plus tôt, quelques volontaires ont noirci des cartons de slogans aux doux airs de mai 68 pour en tapisser quelques piliers soutenant les arcades. Une sono a été branchée. Un vaillant orateur a expliqué les signes à utiliser pour communiquer en évitant la cacophonie. Les règles de sécurité ont été scrupuleusement rappelées.

« Pas de grande théorie, ce soir on est là pour s’exprimer. On peut tout dire, du moment que ça reste constructif, qu’on reste dans le cadre de notre belle constitution… quitte à en changer dans 6 mois! », lâche en préambule l’homme-à-la-chemise-de-bûcheron qui joue les organisateurs d’un soir. Timidement d’abord, compulsivement ensuite, le tableau d’inscription pour prendre le micro se remplit, le courage s’empoigne à deux mains et les tripes se posent sur la place : remarques naïves, pointues ou décousues, coups de gueule poignants, toujours sincères. « Je profite de cette tribune pour m’exprimer. J’étais présente à la Marche des beurs il y a 30 ans. Quelques années plus tard, je suis allée vers les partis de gauche. Aujourd’hui, je ne vais même plus voter (…) Je n’ai plus aucun moyen pour m’exprimer démocratiquement. Je ne fais qu’un seul souhait : que le peuple reprenne sa place », lance cette femme, la voix cassée par l’émotion, couverte d’applaudissements. « On s’habitue un peu trop aux morts en Méditerranée. Nous, on a tout mais on n’est prêt à rien donner », s’insurge quant à elle Sabrina, « cheminote et comédienne ».  « De la région d’où je viens, on pense qu’à Nice, il y a pleins de thunes mais y’en a pas plein. (…) Le CHU est en déficit et ce n’est pas de la faute de ses salariés. Il n’y a pas assez de logements sociaux, la ville préfère payer des amendes que d’en construire. Alors j’aimerais dire merde à Estrosi, son fric, son stade de merde, son Ikea. On lâchera pas », s’emporte une dame, le corps tremblant. La rage et l’envie de dire, de construire, de vider son sac sur la place publique, même si c’est dur : on ne naît pas orateur, on le devient.

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« Ils ont réussi à nous voler la politique »

Au fil de la soirée, certains se révèlent et posent des mots qui font mouche. Comme cet étudiant en fac de psycho qui s’est heurté aux « à quoi bon? qu’est ce que ça va changer? » quand il a essayé de convaincre ses potes de le rejoindre. « Alors ils ont réussi à nous voler ça ? Ils nous ont volé la politique. Mais la politique, c’est pas eux, les partis, les puissants : c’est toi, c’est moi, c’est nous, les citoyens français ! » Frisson d’émotion. Et puis, c’est le pragmatisme qui revient, comme une fulgurance. « Est-ce qu’il y a des graphistes dans l’assemblée ? » Des doigts se lèvent, comme à l’école. « Si vous pouvez, mettez des flyers en ligne sur la page de la Nuit debout, je les imprime avec mes p’tits sous et je les distribue à la fac, dans le tram, pour qu’on soit encore plus nombreux la prochaine fois », propose ce tribun d’un soir.

« Créer une Zone à défendre (ZAD) dans la Plaine du Var et militer pour l’auto-gestion », « acheter des livres à ses gosses », « balancer la télé » ou « juste sourire dans le tramway »… 22 heures, 23 heures, minuit… L’heure tourne et on ne se tait pas. On chante, on gratte des cordes de guitare sèche, on ne sait pas trop à quoi cela nous mènera, mais ON EST LA. De cette drôle de foule, hétéroclite et pacifiste -excepté les envolées ébriétiques des amateurs de 8,6 sans qui une place publique n’en serait pas vraiment une- c’est de l’espoir qui a jailli dans la nuit niçoise, brutal et mal dégrossi. Et l’intime sensation que tout ça n’est pas vain. Finalement, les bras levés s’agitent pour voter la prolongation du mouvement au lendemain. Des ateliers « logistique » et « organisation des débats » s’improvisent en petits cercles sur le pavé. « Il y a eu, il y a quelques années, ce bouquin, Indignez-vous. Mais s’indigner, ça veut dire qu’on a une super grosse rage, que c’est déjà trop tard. Moi, j’ai envie de dire : « Restons-dignes ! », inversons tout cela chacun à notre échelle. Avant, j’allais aux manif’. Et puis je rentrais chez moi et je reprenais mon quotidien. Puis, je n’y suis plus allée. Dire non, c’est bien. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour dire oui ? Ce soir, j’ai l’impression qu’on invente un après, un avenir », s’enthousiasme Anne, une mère de famille rencontrée dans la foule. Etre ensemble, échanger, le voilà le pied-de-nez dans une ville où droite dure et FN se disputent le haut de l’affiche. La magie des premières fois passée, reste maintenant le défi : durer, faire émerger des propositions, des idées, ne pas se lasser, s’essouffler. Et puis si Rome ne s’est pas faite en un jour, comment construire la démocratie directe en une nuit ? Ce samedi soir, nous serons donc le 40 mars sur la place Garibaldi, et les penseurs d’un monde meilleur seront debout. Et aussi nombreux ? Peut-être pas. Le mouvement passera-t-il le week-end ou le feu est-il de paille ? Peu importe. Une chose est sûre, ce vendredi 8 avril, à Nice-la-belle-endormie, quelques flammes citoyennes ont été rallumées dans les ventres. Et il sera toujours temps de souffler sur les braises pour les raviver.

Photo (c) Aurelie_Selvi

Vidéo by Bob Pretend To Be Blind

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