Société – Page 2

Devant la justice pour avoir « aidé des réfugiés »

 

Mercredi 23 novembre, 13 heures, dans le Vieux-Nice. Une foule dense et hétéroclite, de plus de 200 personnes, noircit la place et les marches du Palais de justice. Des jeunes, des moins jeunes, ici des gens venus en famille, là des militants arborant une banderole « Oui à la solidarité et à l’accueil des migrants et réfugiés »… Cette solidarité, il en est justement question à la barre de la 7ème chambre du Tribunal correctionnel, une juridiction chargée de juger les délits et pouvant prononcer des peines allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. Ce jour d’automne, caméras, micros et objectifs sont braqués sur Cédric Herrou, 37 ans, et Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, deux Azuréens jamais convoqués avant dans cette salle. Le premier est agriculteur à Breil-sur-Roya, le second ingénieur d’étude dans un labo de recherche et enseignant en géomatique à la Faculté des sciences de Nice. S’ils fendent la foule sous les applaudissements nourris, c’est que leur convocation devant la justice a soulevé un vent d’indignation chez des centaines d’habitants des Alpes-Maritimes et au-delà. L’une des pétitions de soutien lancée a recueilli plus de 61 000 signatures. Les faits qui leur sont reprochés : « aide directe on indirecte » à l’entrée (uniquement pour Cédric Herrou), au séjour et à la circulation de plusieurs étrangers en situation irrégulière. Des actes passibles d’une peine maximale de 5 ans de prison et de 30 000 € d’amende.

« J’ai juste essayé d’appliquer les mots Liberté, Egalité, Fraternité »

Pull et foulard coloré, chaussures de rando’ aux semelles imprimées de terre, Cédric Herrou contemple le Palais de Justice avant de s’y engouffrer. « Etes-vous impressionné par le monde réuni pour vous soutenir ? », lance un journaliste. « Du monde, j’en ai tous les jours à la maison. En moyenne, 25 mineurs réfugiés. Nous les nourrissons, leur donnons un hébergement. A côté de ça, j’ai mon boulot. Il faut que tout ça soit mis en lumière, pour que les citoyens, les pouvoirs publics soient au courant de cette réalité. Ce que je vois aujourd’hui,  c’est que l’on est au pied d’un bâtiment sur lequel je peux lire Liberté, Egalité, Fraternité. J’ai juste essayé d’appliquer ces mots », répond celui qui n’a jamais caché ses activités de passeur citoyen, relayées dans les médias jusqu’au New-York Times, et qui a créé, à même son exploitation, un camping de fortune pour accueillir de jeunes migrants. Depuis son arrestation en marge de l’évacuation d’un bâtiment désaffecté de la SNCF, occupé à l’initiative d’habitants de la vallée réunis au sein de l’association Roya Citoyenne et souhaitant palier l’absence de Centre d’accueil et d’orientation pour réfugiés dans le département, Cédric Herrou était sous le coup d’un contrôle judiciaire strict : interdiction de conduire et de quitter le département, obligation de pointage en gendarmerie. Ce mercredi, l’agriculteur a obtenu le report de son procès au 4 janvier 2017 et la levée de son interdiction de circuler en journée.

L’agriculteur Cédric Herrou a obtenu le renvoi de son procès (c) Aurélie_Selvi

Arrêté au péage de La Turbie

Depuis le 18 octobre, Pierre-Alain Mannoni est aussi dans le collimateur du procureur de la République. A la barre, il raconte que, cette nuit-là, alors qu’il était de retour d’une soirée à Saint-Dalmas-de-Tende, l’un de ses amis, qui habite le coin et apporte aussi son soutien aux migrants, lui propose de passer par l’ancienne colonie de vacances SNCF occupée. Au moment de quitter les lieux, on lui demande s’il peut conduire 3 jeunes filles érythréennes, dont une mineure, à la gare de Cagnes-sur-Mer. Toutes ont déclaré avoir essayé de rejoindre la France à plusieurs reprises. L’une d’elles était même aux côtés de la jeune Milet, morte fauchée sur l’autoroute, lors d’une périlleuse tentative de traversée dix jours plus tôt. « Elles étaient blessées et devaient rejoindre Marseille pour s’y faire soigner. Il y avait la crainte qu’elles soient reconduites en Italie si elles se rendaient dans un hôpital des Alpes-Maritimes », explique-t-il à la barre. Un brin désarçonné, l’enseignant accepte, poussé, dit-il, par « la souffrance physique et la peur qui se lisaient sur leur visage ».  « Il y a un dilemme, concédait-t-il en amont de l’audience, parce que j’ai ma p’tite vie, avec ma p’tite auto, avec mon p’tit manteau mais ma morale, mon éducation, me disent de le faire ». Le périple s’arrêtera au péage de la Turbie, où un escadron de gendarmerie contrôle le véhicule de ce père de famille divorcé, puis le place en garde à vue 36 heures durant.

« Vous êtes-vous posé la question de la légalité de ce que vous étiez en train de faire ? », demande la présidente du tribunal. « J’avais compris que leur présence en France était illégale, que si on les prenait, elles seraient reconduites en Italie. Mais face aux gendarmes, je crois au bien-fondé de mon acte et je négocie même pour qu’ils acceptent que je les prenne en charge », répond l’ingénieur, qui se définit « comme un citoyen, pas militant ». Solidarité ou illégalité ? Telle est la question à laquelle le tribunal doit répondre. Pour Philippe De Botton, médecin mentonnais venu témoigner en faveur du prévenu, « quand on voit des gens dans cet état-là, on ne peut pas ne pas les aider ». Et le praticien, engagé au sein de l’association Médecins du monde, d’égrainer les « plaies, entorses, problèmes dermatologiques et la grande détresse psychologique », constatés par les 4 infirmières et 2 médecins bénévoles, déployés sur demande dans la Roya face à l’afflux de migrants, ces derniers mois.

6 mois de prison avec sursis requis

Pour le parquet, représenté ce mercredi par le Procureur de la République, Jean-Michel Prêtre, en personne, gare « à ne pas confondre secours et aide au séjour et à la circulation ». « Le secours est un devoir. Ce n’est pas cela qui est poursuivi aujourd’hui. Vos actions ne s’inscrivent pas dans ce cadre-là ni dans une volonté de régler un problème humanitaire mais consistent à nier le fait que des frontières et des lois existent dans un pays, en fonction d’un système démocratique », appuie ce dernier, qui précise avoir fait preuve de distinguo en ne poursuivant par Pierre-Alain Mannoni pour l’intégralité des faits qu’il avait avoués en garde-à-vue. Lors de son audition, l’ingénieur niçois avait en effet avoué avoir, dès le 16 octobre, véhiculé, depuis la Roya jusqu’à chez lui, 4 Soudanais perdus sur une route sinueuse, croisés alors qu’il se rendait, avec sa fille, à une Fête de la Brebis dans l’arrière-pays. « J’éduque mes enfants au quotidien avec des valeurs. Je vois des gens perdus, je m’arrête, c’est normal », avait-il argué plus tôt. « Vous les avez pris en charge car ils étaient en danger et personne, surtout pas moi, ne vous poursuivra pour ça », nuance le procureur, qui requiert une peine de 6 mois de prison avec sursis en forme « d’avertissement sévère ». Et ce dernier d’invoquer une « enquête extrêmement solide », qui a fouillé tant du côté de la personnalité du prévenu que de ses SMS personnels.

« Ils devraient être remerciés », juge Cécile Duflot

A la barre, ce sont deux visions du droit et du devoir qui s’entrechoquent. « Je reste convaincue que ce  geste d’humanité ne peut recevoir aucune sanction », plaide vivement Me Binimelis, qui convoque l’article L 622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ajouté fin décembre 2012, après l’abrogation par l’Assemblée nationale (suivant une proposition de loi de Manuel Valls) du « délit de solidarité », ce texte prévoit une « immunité » pour les personnes ayant fait preuve d’une aide « visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique » d’un étranger. « Quand il intervient, mon client est absolument convaincu que c’est nécessaire au secours de ces 3 jeunes filles. Moi, vous, quel choix aurions-nous fait face à un tel spectacle ? Cette question me tourmente depuis que j’ai rencontré monsieur Mannoni et je ne suis pas convaincue que je n’aurais pas fait la même chose… Peut-être qu’un jour, moi, vous, serons à cette barre. »

C’est justement pour défendre cette abrogation du « délit de solidarité » que la parlementaire EELV Cécile Duflot a fait le déplacement de Paris. « Je l’ai voté en tant qu’élue d’une majorité en place et je ne comprends pas comment, aujourd’hui, de tels procès peuvent avoir lieu… Ce qu’on fait Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, c’est simplement agir avec humanité. La société devrait les remercier pour ça », tranche, depuis la salle des pas perdus, l’élue, seule représentante politique, avec la conseillère municipale PS de Nice Christine Dorejo, à assister à l’audience.

En attente du délibéré, Pierre-Alain Mannoni a obtenu la levée de son contrôle judiciaire (c) Aurélie_Selvi

En attente du délibéré, Pierre-Alain Mannoni a obtenu la levée de son contrôle judiciaire (c) Aurélie_Selvi

La justice tranchera le 6 janvier

Solidarité ou illégalité, donc ? Ce mercredi, la présidente du tribunal a, en tous cas, choisi de différer sa décision au 6 janvier 2017, jugeant qu’il y avait « nécessité à réfléchir ». Pierre-Alain Mannoni, lui, a regagné son domicile en bénéficiant de la levée de son contrôle judiciaire lui interdisant, depuis son arrestation, de quitter Nice et de conduire, sauf pour amener ses enfants à l’école. « Il se passe quelque chose. Je ne suis pas le seul à aider. Dans les Alpes-Maritimes, beaucoup de gens agissent pour les réfugiés. Mon seul mérite a été de me faire arrêter », commente l’universitaire, qui a notamment bénéficié d’une lettre ouverte de soutien signée par 700 enseignants-chercheurs de Paca et d’au-delà. « Moi, je suis là aujourd’hui parce que je ne me reconnais pas dans cette France qui fait passer en jugement des gens auxquels je m’identifie parfaitement, comme membre du collectif AGIR [collectif aixois de 26 associations engagées pour l’accueil des réfugiés] mais aussi comme citoyenne », jugeait plus tôt Françoise, 68 ans, croisée sur la place du Palais. « Ça devient incroyable de faire de la solidarité un délit. On n’a pas tous ce courage mais aujourd’hui on est là. J’ai un peu peur qu’on veuille faire un exemple de cette situation, pour décourager. J’espère être pessimiste », s’inquiétait, quant à elle, Fabienne, 57 ans, agent du Conseil général à la retraite.

Accueilli hier soir sous les applaudissements par quelques dizaines de citoyens supportant l’audience tardive, Pierre-Alain Mannoni a conclu par ces mots : « d’autres personnes sont poursuivies, d’autres combats sont à mener ». Trois Azuréens, arrêtés pour le même type de faits, devraient, en effet, se présenter au printemps prochain devant la justice. Ironie du sort, ce mercredi après-midi, juste avant que l’enseignant niçois ne se présente à la barre, c’est un passeur clandestin, comparaissant pour avoir tiré profit de la détresse des migrants bloqués à Vintimille, que ce même tribunal entendait*…

Aurélie Selvi, avec Stéphane Robinson

A lire dans Ressources #6, prochainement en kiosques, notre reportage auprès des Azuréens qui viennent en aide aux migrants.

*Le procès de cet homme, sous mandat de dépôt, a été reporté à une date ultérieure.

Mário Viana : « En finir avec la violence éducative ordinaire grâce à l’empathie »

De passage à Nice dans le cadre de la Semaine des Droits de l’Enfant, Mário Viana, coréalisateur de L’Odyssée de l’empathie avec le cinéaste-ethnologue Michel Meignant, a répondu aux questions de Ressources magazine. Engagé depuis des années dans une profonde réflexion sur les racines de la violence, ce chef-monteur, qui travaille régulièrement pour France Télévision, développe ses travaux contre la violence éducative ordinaire et ses conséquences. L’occasion aussi de nous en dire plus sur la préparation du second volet de ce film-documentaire, Les chemins de l’empathie, pour lequel une campagne de financement participatif est en cours.

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Votre documentaire, L’Odyssée de l’empathie, développe le thème de la violence éducative ordinaire et de ses conséquences. Pourquoi ce besoin impérieux d’aborder ce sujet ?

Avec Michel Meignant [co-réalisateur], cela fait 20 ans qu’on se connaît et que le problème de la violence nous touche, nous questionne. Le constat préalable au film, c’est que nous vivons actuellement dans une époque où le monde a besoin d’évoluer, de progresser. Tous les articles qui se penchent sur ce sujet apportent des choses mais il nous est apparu que si on ne prenait pas le problème par le début, c’est-à-dire par la question de l’éducation bienveillante, toutes les solutions seraient, en somme, des pansements sur une jambe de bois. En France, chaque année, ce sont 700 enfants qui meurent, victimes de violences familiales. La violence, une fois qu’elle est en nous, nous suit toute la vie. Dans notre pays toujours, 10 femmes meurent sous les coups tous les 15 jours, 1 homme tous les mois et demi environ. On est actuellement à près de 100 enfants, entre 6 et 13 ans, qui mettent fin à leurs jours chaque année… Ce n’est pas acceptable.

Cette problématique est prégnante en France et pourtant votre film n’a pas réussi à convaincre de producteurs…

La seule façon pour nous de le financer a été de faire appel aux citoyens sur la plateforme Tous Coprod. Nous sommes pourtant tous les deux « du milieu ». Mais nous avons contacté les six plus grosses sociétés de productions françaises et toutes nous ont répondu : « nous n’avons pas la disponibilité ». Manière polie de dire : « on s’en fout ». Nous avons aussi participé au Salon mondial du documentaire à La Rochelle, il y a 2 ans, quand le projet était en phase d’élaboration. Toutes les chaînes nationales étaient présentes et toutes nous ont répondu qu’elles n’avaient « pas de créneaux disponibles ». La traduction, c’est qu’aujourd’hui, en France, le fait que ces 700 enfants meurent chaque année est un non-événement. On veut bien couvrir le procès de la mort de la petite Fiona, par exemple, mais pas question de s’attaquer au fond du problème. En France, on préfère traiter la forme plutôt que le fond, couper la tête plutôt que de s’intéresser aux racines du mal. Au final, L’Odyssée de l’empathie a pu voir le jour grâce au soutien de 1400 personnes sur Tous Coprod, qui nous ont permis de lever environ 60 000 €. De quoi financer à 100% notre documentaire, qui n’était pas coûteux. Pour exemple, Demain le film [le documentaire césarisé de Cyril Dion et Mélanie Laurent], a coûté 1,3 million d’euros.

Ce financement citoyen vous a finalement libérés davantage ?

Tout à fait. Au début, Michel Meignant disait qu’on avait « la malchance » de ne pas avoir de producteur ni de distributeur. Aujourd’hui, on se dit que c’est une chance. Parce que cela nous a aussi donné une liberté totale. Toutes ces personnes qui se sont mobilisées, ça nous a aussi prouvé qu’il y avait une vraie envie que le sujet de l’éducation bienveillante soit traité. Ce qui nous a frappé, ce sont ces gens qui sont venus à notre rencontre en nous disant : « je suis au RSA » ou « je n’ai pas beaucoup d’argent », « mais je veux donner 5 €, ce que j’ai, j’y tiens, c’est important ». Désormais, on n’envisage plus de faire appel à un autre type de financement et une deuxième campagne est en cours pour financer le second volet.

Justement, quel est l’enjeu de cette suite, Les Chemins de l’empathie ?

Le 1er volet posait un constat. L’idée n’était absolument pas de nous positionner en donneurs de leçons mais en passeurs. Nous sommes deux cinéastes qui nous interrogeons depuis longtemps, du fait de notre histoire personnelle, sur les racines de la violence. Michel [Meignant] est né d’une mère catholique et d’un père juif, ses grands-parents sont morts déportés. J’ai grandi au Portugal et j’y ai connu la violence de la dictature, des armes pointées sur moi dans les manifestations interdites quand j’avais 14 ans. Trois copains sont morts à cette époque sous la torture. J’ai été contraint de fuir en France. Depuis, j’essaye de comprendre pourquoi les êtres humains peuvent tuer pour le plaisir quand les animaux ne le font pas… Dans L’Odyssée de l’empathie, nous sommes allés à la rencontre d’une trentaine de spécialistes, nous en avons finalement gardé 15. Depuis sa sortie, il y a 1 an, il y a eu environ 120 projections officielles auxquelles ont assisté environ 21 000 spectateurs. A cela s’ajoute les projections spontanées, pas quantifiables, le film étant libre de droit. Chaque projection publique est suivie d’un débat, c’est essentiel. Et à chaque fois, le public nous demande : « comment on peut faire pour agir, pour changer ? »

Le 2ème volet, dont la sortie est prévue au 3ème trimestre 2017, donnera des pistes, toute une palette possibles, car il en existe en fait autant que de parents et d’enfants. L’idée n’est surtout pas de culpabiliser les parents, de les juger mais d’aller à la rencontre de gens qui proposent des alternatives : médecins, spécialistes de la petite enfance, institutions, psy…

Là encore, il s’agit de faire évoluer les mentalités. Vous vous positionnez aussi clairement en faveur d’une loi pour abolir les châtiments corporels chez l’enfant. Pourquoi est-ce essentiel pour vous ?

La loi ne réglera pas tout mais il nous faut évoluer sur nos positions. On l’oublie trop souvent mais il existe, au même titre que la Déclaration universelle des droits de l’Homme, une Déclaration des droits de l’Enfant, déclarée à l’ONU. Il y a 40 ans, la Suède, qui totalisait à l’époque environ 700-800 enfants morts de violences familiales chaque année, a fait voter une loi du même type que celle à l’étude en ce moment-même en France. Aujourd’hui, seuls 2 enfants environ meurent annuellement dans ce pays de ce type de violences. Il y a 2 ans environ, j’ai participé à une enquête pour l’émission Les Maternelles [sur France 5], menée à Boulogne-Billancourt, une banlieue parisienne chic, et portant sur la volonté de faire une loi pour abolir les châtiments corporels chez l’enfant. 68% des personnes interrogées étaient… contre ! Parmi elles, 60% étaient même favorables aux châtiments lourds (martinet, fouet…). A l’époque de l’abolition de la peine de mort, l’opinion était aussi vent debout face à cette mesure. Pour légiférer et faire changer les mœurs, il faut du courage politique.

Pour soutenir la création du film-documentaire Les chemins de l’empathie, rendez-vous sur la plateforme de financement participatif Tous Coprod.  

Merci à l’espace Magnan de Nice et à Laure Laforêt, psychologue-victimologue et ambassadrice azuréenne de L’Odyssée de l’empathie, dont vous pouvez relire l’interview dans Ressources #5, à commander –> par là ! 

Alexandre Jardin est venu compter les « zèbres » niçois

« Ils ont l’air très sages, comme ça, mais je vais vous demander de me couper la parole ! » Smartphone en main pour assurer le direct-vidéo sur sa page Facebook, ce mercredi soir, à Nice, l’auteur-cinéaste Alexandre Jardin est venu filmer (et exacerber) les bonnes volontés. Depuis de longs mois, c’est moins pour promouvoir son art que pour parler et reparler de son mouvement citoyen Bleu-Blanc-Zèbre que le Parisien arpente les plateaux télé et les régions de France. Lancé en 2015, son « Do-Tank » (en opposition aux « Think-Tank ») a pour ambition de mettre en route une « révolution positive » qui s’appuierait sur les compétences et les idées des citoyens. Mission : changer radicalement la société. Ces « faizeux » ou ces « zèbres », comme il aime les surnommer, Alexandre Jardin a entamé un vaste tour de France pour les « compter ». Si le mouvement revendique et répertorie déjà sur son site un regroupement de « 200 opérateurs de la société civile » (associations, fondations, fonctionnaires, mairies, mutuelles, entreprises…), l’heure est venue pour lui d’étendre son maillage partout en France, en proposant à des motivés de créer près de chez eux leur Maison des Citoyens et d’animer leurs propres réunions pour fédérer les zèbres en devenir.

Révéler le « génie du pays »

Dans les Alpes-Maritimes, c’est Yann, un développeur, qui a eu spontanément envie de s’y coller, vite rejoint par Yoana et Andrée. Ils sont les administrateurs de la Maison des citoyens de Nice. « J’ai juste trouvé que son idée était bonne. J’ai eu envie de la relayer. Alors, on a organisé cette réunion au Court-Circuit, ouvert une page Facebook« , explique Yann, simplement. « Pour ce premier rendez-vous, j’ai envoyé il y a 15 jours un message à Bleu-Blanc-Zèbre pour savoir si Alexandre Jardin pourrait être présent et on m’a répondu que… oui ! », raconte, quant à elle, Andrée.

En cette fin de journée d’automne, au Court-Circuit, le café associatif niçois engagé de la rue Vernier, une soixantaine de personnes a convergé vers cette « Maison » en devenir, le temps d’une discussion informelle d’une heure, à bâtons rompus. Objectif premier d’Alexandre Jardin et de son mouvement : « se compter » et mesurer ainsi l’ampleur des bonnes volontés hexagonales prêtes à entrer dans la danse. « Si vous êtes absolument enchantés par l’actualité politique et le soap-opera que vous voyez à la télé, ne vous comptez pas. Aujourd’hui, en France, on est plus de 50 000 à s’être déjà comptés. C’est beaucoup mais si on ne fait pas en sorte de faire monter ce chiffre, on ne sera pas considéré », prévient Alexandre Jardin, qui aimerait révéler « le génie du pays » . « A travers ces associations, ces fonctionnaires, ces entrepreneurs qui se démarquent », « cette France qui passe à l’acte (…) pour l’heure absente de tous les programmes politiques », ajoute le Zèbre-en-chef.

« Pas d’entre-soi associatif »

Les jalons posés, le grand agite-méninges peut commencer. Dans le café déjà, les voix s’élèvent. « J’ai arrêté mon activité professionnelle pour monter une plateforme nationale de jardins partagés en ville », se lance une spectatrice. Et un Grassois d’enchaîner pour présenter son initiative « Passeurs de livre », qui sème depuis 3 ans des ouvrages gratuits dans les rues d’une trentaine de communes du département. Média indépendant, Observatoire des médecines non conventionnelles monté sous l’égide de la Faculté de médecine de Nice, vitalité du débat à Nuit debout place Garibaldi, initiative étudiante… Les bonnes idées fusent, s’égrainent, s’échangent, s’entrechoquent… « L’intelligence est absolument partout. Sortons de nos milieux ! », s’enthousiasme Alexandre Jardin, exhortant le mouvement « à ne pas rester fermé sur de l’entre-soi associatif », « à s’ouvrir sur le monde de l’entreprise, de la santé, sur les fonctionnaires, prof’, gendarmes, policiers qui ont eux-aussi de bonnes idées », à « détecter partout les faizeux » et à les ramener à la prochaine réunion.

Du candidat de Koh-Lanta à l’artisan…

D’un ex-finaliste de l’émission Koh-Lanta, remonté à bloc pour montrer à sa manière les faizeux sur sa chaîne YouTube, au monde de l’artisanat, incarné par cette Azuréenne venue crier sa détresse face à la mort du petit commerce et au poids du RSI…  et fustiger au passage « un président de la Chambre des métiers du 06 qui vient d’être élu avec les voix de 6,4% des artisans azuréens »; en passant par des étudiants, des entrepreneurs, des retraités… A en croire la diversité qui s’est levée à Nice ce mercredi soir, la Maison des citoyens azuréenne a de beaux jours devant elle. Et si le cercle des zèbres doit encore s’agrandir, Alexandre Jardin soumet déjà la possibilité de passer à la vitesse supérieure, « en envisageant collégialement la création d’un parti ».

Bientôt un parti « zèbre »  ?

« Aujourd’hui, les politiques veulent prendre le pouvoir pour le garder. Nous, nous voulons le prendre pour le rendre aux citoyens », résume celui qui ne s’empêche pas, pour faire avancer les actions du mouvement, de discuter avec des élus locaux. A l’instar de la région Paca, avec laquelle il vient de signer un accord pour mettre en oeuvre des solutions Made in Bleu-Blanc-Zèbre pour l’emploi, juteuse subvention à l’appui… Pas une compromission pour l’auteur, plutôt une sorte de technique du Cheval de Troie afin de tisser un maillage territorial et faire, toujours faire, loin du centralisme élyséen qu’il débecte. « On discute beaucoup avec les présidents de région. Ils sont souvent totalement schizophrènes. Ils croient à des logiques territoriales et non plus au centralisme. En off, beaucoup nous avouent ne plus croire aux logiques politiques, tout en étant encartés eux-mêmes dans des partis… », glisse-t-il.

Pour revoir les échanges en intégralité sur Facebook live, rendez-vous sur la page La Maison des Citoyens de Nice 

A l’Ariane, une « Utopie » concrète à construire ensemble

Un endroit « pour » et « par » les habitants, ouvert sur le monde autour. A Nice, au milieu des tours de l’Ariane, posé à côté d’un magasin de salons marocains, voilà comment se décrit « l’Utopie ». Ouvert depuis quelques jours, ce local mi vitré-mi métallique, façon loft industriel cool, a beau avoir été ouvert par l’association La Manufabrik dans le cadre de son atelier « L’amorçÂge », son fonctionnement souhaite se démarquer des traditionnels lieux associatifs qui peuplent les « quartiers ». Oublié la verticalité, les notions « d’accueillants-accueillis », de « publics reçus » et autres « bénéficiaires ». L’endroit est en fait pensé comme un « tiers espace », un lieu « d’une forme écosystémique porteuse d’alternatives », comme l’écrit Hugues Bazin, chercheur indépendant en sciences sociales et animateur du Laboratoire national d’innovation sociale pour la recherche-action (LISRA).

Membre de ce labo, Christophe Giroguy, ainsi que Besma Abid, tous deux à l’origine de La Manufabrik et instigateurs d’un espace de ce type sur le marché de l’Ariane (lire Ressources #5), ont à peine eu à impulser l’idée de ce local hybride pour que des gens du coin s’en saisissent. « Peintures, pose d’étagères, nettoyage, agencement… Les travaux ont été faits en collaboration avec 7-8 habitants. Chacun a fourni sa compétence. Nous nous en sommes remis à leur savoir-faire. L’un d’entre eux, qui avait bossé dans le bâtiment, a, par exemple, posé les plinthes », explique Besma. D’autres ont chiné les meubles…

 

« C’est un peu le café de la série Friends« 

Aujourd’hui agencé comme une maison de poche, avec mini-cuisine, buffet, coin toilettes, tables, canap’ et bibliothèque, l’Utopie s’organise aussi collégialement, au fil des idées. Sur un coin de table, Gilbert, un habitant du quartier qui souhaite organiser une expo de talents de l’Ariane, est en pleine discussion avec Dorsaf, une jeune fille passionnée de dessin… A deux pas, Saïda, la quarantaine, fait tourner la boîte de financement, bardée d’une étiquette « prix libre », tandis que son petit dernier gazouille dans sa poussette et que son grand crayonne une citrouille d’Halloween sur papier-Canson. « Je suis arrivée à l’Ariane il y a 17 ans. A l’époque, le quartier me faisait peur. Ce côté cité, bourrée de jeunes livrés à eux-mêmes… Depuis, je l’ai vu changer. Beaucoup d’asso’, de médiateurs, d’éducateurs ont fait bouger les choses. Mais un endroit comme l’Utopie, c’est différent parce que nous avons contribué à le faire, parce qu’on peut s’y impliquer, proposer. Ce n’est pas une association, c’est un peu le café de la série Friends. On a envie de cette convivialité », sourit-elle.

 

« Le côté fabrique à idées, c’est plus motivant »

Cette différence, c’est aussi ce qui a séduit Karim, 45 ans, venu se renseigner dès l’ouverture pour inscrire ses deux filles de 16 et 13 ans. On le retrouve posé sur le canapé, tantôt tchatchant avec les uns ou potassant un magazine, sourire accroché aux lèvres. « J’ai envie que mes filles adhèrent parce que ce style de lieu me paraît plus éducatif, plus instructif qu’une simple activité en association classique. Ici, elles vont pouvoir  aussi être parties-prenantes. La grande, qui veut passer son Bafa, aura, par exemple, l’occasion de se tester à l’animation avec les enfants qui viennent. La petite aime le chant et pourra proposer des choses aussi. Le côté fabrique à idées, c’est plus motivant. Et, au moins, elles ne traîneront pas toutes les vacances à Leclerc ou Auchan, à s’embêter », glisse ce papa, ex-fonctionnaire du ministère de l’Agriculture tunisien en charge de la formation des jeunes, aujourd’hui intérimaire en montage-câblage. « Moi, j’habite ici depuis quelques mois à peine. Je viens de Saint-Etienne », lance, quant à elle, Hamama, venue découvrir le lieu avec sa petite-fille de 5 ans. « Quand j’ai débarqué à Nice, j’ai tout de suite senti une forme d’agressivité chez les gens. Je ne parle pas du quartier en particulier, mais de la ville en général. Ici, ce sont un peu les premiers gens sympas que je rencontre. Alors je suis venue pour faire des propositions, m’engager », s’enthousiasme-t-elle.

 

Passer, « sans rendez-vous »

Les vendredis, une habitante, as de l’aiguille, propose déjà des ateliers couture. Une machine Singer, au charme d’antan, trône d’ailleurs fièrement dans un coin de l’Utopie… Au menu les jeudis : broderie et aquarelle. Le mercredi, ce sera théâtre. Un atelier cuisine, pour échanger des recettes et découvrir les spécialités culinaires de chacun, est aussi dans les tuyaux. Tout comme des sessions art-thérapie, réservées aux enfants touchés par l’autisme ou la trisomie. « Mais on peut aussi juste passer se poser, boire un café, parler, sans rendez-vous ! », lance Besma. D’ici peu, une charte de gestion du lieu sera établie avec les habitants et des jeux de clés remis à plusieurs d’entres eux. Loué par l’association à un privé, le local fonctionne en totale indépendance. Et espère accueillir les curieux de l’Ariane et d’ailleurs. Une Utopie concrète, donc, à construire ensemble. Cap ?

Venez visiter l’Utopie, 8 rue des Eglantines, quartier de l’Ariane, à Nice. Plus d’infos directement sur place, du lundi au vendredi, ou –> par là. 

Photos (c) Aurelie_Selvi

Dans la Roya, le « centre d’accueil » pour réfugiés, créé par des habitants, évacué [màj]

Le procès de Cédric Herrou, l’agriculteur et « passeur citoyen » de la Roya, aura lieu le 23 novembre , à 13h30, au Tribunal correctionnel de Nice. Poursuivi pour aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière, il encourt jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Jeudi 20 octobre, dès 8 heures, les forces de l’ordre, sous l’égide du procureur, ont procédé à l’évacuation du bâtiment SNCF occupé, depuis lundi 17 octobre, par des habitants de la vallée de la Roya et plus d’une cinquantaine de réfugiés, à Saint-Dalmas-de-Tende, à l’initiative notamment de Cédric Herrou. Selon nos informations, les autorités auraient agi non pas des suites des procédures engagées par la SNCF, propriétaire des locaux, mais dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet de Nice pour aide à l’installation d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire français. Une quinzaine de personnes serait actuellement en garde-à-vue dans les locaux de la Police aux frontières, à Nice. L’objectif revendiqué par ces résidents de la vallée, réunis au sein du Collectif Roya Citoyenne, était de mettre à l’abris ces personnes, « en attendant que l’état prenne ses responsabilités », dans un département ne comptant aucun centre d’accueil ou de répit pour migrants. Ressources avait passé la journée de mercredi dans ce centre improvisé. Relire notre reportage — >

Arrière-pays azuréen, tout près de la frontière italienne. D’extérieur, c’est une bâtisse blanche aux volets verts et au charme suranné, encadrée par la végétation, nichée derrière le stade de foot et la gare SNCF désaffectée de Saint-Dalmas-de-Tende. Une fois pénétré à l’intérieur par une petite chaise servant de marche-pied pour franchir l’une des fenêtres du rez-de-chaussée, une succession de pièces délabrées s’enchaîne sur deux étages. C’est là, dans cette ancienne colonie de vacances propriété de la SNCF, à l’abandon depuis 6 ans, qu’une cinquantaine de migrants africains ont trouvé refuge depuis lundi soir, aidés par des habitants des villages de la Roya, réunis en collectif. Dans les chambrées autrefois occupées par les bambins en villégiature, les murs recouverts de papiers-peints à thème – tantôt fleuri ou arborant des trois mâts et des boussoles d’explorateurs – contemplent désormais une série de duvets et de vêtements, posés sommairement au sol. Ce mercredi, la matinée est déjà bien entamée, mais ça-et-là, quelques personnes fébriles, ramassées sous des draps, cherchent encore le repos. Ici, la température avoisine les 10 degrés. Pas d’eau ni d’électricité à disposition. Mais un toit sur la tête. Déjà ça, pour ces réfugiés. Un ultime recours pour les membres du Collectif Roya Citoyenne, mobilisés depuis des mois pour venir en aide, avec les moyens du bord, aux migrants qui affluent dans la Roya, passant la frontière à pied, animés par leurs rêves européens.

Un réfugié dans l’une des chambres de fortune.

60 à 80 habitants de la Roya mobilisés 

« Ces derniers jours, j’hébergeais jusqu’à 58 réfugiés chez moi. Ce n’était plus gérable. J’aimerais savoir ce que les pouvoirs publics voudraient que je fasse de ces personnes qui cherchent un abri… Puisque l’état ne fait rien, nous avons décidé de prendre ce lieu dans l’attente que la préfecture ouvre enfin un centre d’accueil décent », lance Cédric Herrou, un agriculteur de la Roya qui n’a jamais caché ses activités de « passeur citoyen ». Arrêté cet été alors qu’il véhiculait gracieusement des migrants depuis l’Italie vers la France, ce dernier avait même bénéficié d’un abandon des poursuites judiciaires de la part du parquet de Nice, invoquant alors « l’immunité humanitaire ». Une première dans les Alpes-Maritimes. Mais il n’est pas le seul à s’engager dans cet arrière-pays reculé. Le collectif Roya citoyenne revendique « 60 à 80 contacts actifs » dans sa mailing-liste, selon Georges Faye, l’un des porte-parole présents ce mercredi sur les lieux. Dans sa besace, deux communiqués, validés par les membres du collectif, fustigeant les récentes prises de position du président du Conseil départemental, Eric Ciotti, et de la conseillère régionale Laurence Boetti-Forestier. Le premier avait tancé, dès mardi, des associations dévoyant « le sens de la loi » et pointé « la réalité de l’infiltration de djihadistes dans les flux migratoires », selon lui « incontestable ». La seconde avait, elle, fustigé « les militants No-Borders », à la manœuvre selon ses dires,  « qui venaient même s’en vanter dans les médias » et « une situation qui risque d’alimenter les tensions et de constituer un appel d’air à l’immigration ».

« 8 heures de marche » pour rejoindre la France

« Malgré les discours fascisants à la mode dans les Alpes-Maritimes, notre préoccupation, c’est que ces personnes ne crèvent pas de froid. Quand l’état ne mise malheureusement que sur la répression, déployant par exemple à Sospel des militaires armés pour contrôler les personnes de couleur à la sortie des trains, heureusement que des citoyens s’organisent pour leur venir en aide. Au-delà de la crise migratoire, il y a pour nous un sujet plus important : celui des droits fondamentaux de tout être humain », juge Thibaud, un Azuréen venu soutenir l’action à Saint-Dalmas-de-Tende. « Certains réfugiés sont très mal en point. Ils ont marché des heures pour rejoindre la France. Ils sont épuisés, parfois blessés », ajoute-t-il.

Il y a deux nuits de ça, avec deux compagnons d’infortune, Habtom, un réfugié érythréen de 46 ans, a avalé de nuit les 8 heures de marche qui le séparaient de Vintimille pour rejoindre la vallée de la Roya. « En longeant les rails  de chemin de fer », explique-t-il, assis sur une couverture dans l’une des pièces de ce « centre » improvisé. « Je suis arrivé dans le Sud de l’Italie il y a deux semaines, et puis je suis remonté jusqu’à la frontière Nord par le train. Mon but, ce serait d’aller en Allemagne. Mon fils de 21 ans y vit déjà. Mais si la France m’accepte, je suis prêt à y travailler, même pour très peu d’argent. Très peu, pour nous, c’est déjà beaucoup comparé à la situation dans notre pays », glisse-t-il. Enrôlé à l’âge de 25 ans au service militaire imposé par le régime de son pays, Habtom y gagnait environ 600 nafka par mois… « L’équivalent de 10 à 15 dollars », dit-il. Alors il a laissé derrière lui son épouse et quatre autres fils, manquant de tout, pour tenter de gagner sa vie en Europe et de « les aider ». Dépouillé par la mafia locale à la frontière Soudano-tchadienne, il a ensuite dû payer un voyage en bateau depuis la poudrière libyenne, à 1500 dollars, afin de rejoindre les côtes italiennes. « J’aimerais juste travailler, je ne veux embêter personne », redit-il posément.

 

Des collégiens solidaires 

Dehors, sur un terrain de sport goudronné jouxtant le bâtiment, des mineurs, la plupart érythréens aussi, tuent le temps en tapant dans un ballon. A quelques mètres, des ados, sac sur le dos, tout juste sortis du collège voisin, regardent la scène. « On voulait voir ce qu’il se passait, ça me fait de la peine », glisse l’un d’entre eux. « Eux, dans leur pays, je suis sûr qu’ils nous accueilleraient mieux que nous », ajoute son pote, en 4ème dans le même bahut. « Y en a qui trouvent que les migrants servent à rien, d’autres qui les aident. C’est mieux de les aider », ajoute une jeune fille en regardant ses baskets. « Et puis ce lieu, ça fait 6 ans qu’il sert à rien. Nous, parfois, j’avoue, on y va quand on s’ennuie pour faire des bêtises quoi, se cacher dans les pièces… Mais c’est mieux si ça peut servir, ça embête qui ? », poursuit un garçon. D’abord à l’écart, le petit groupe finit par tomber sacs à dos et vestes pour rejoindre les jeunes réfugiés sur le terrain. « Moi, je prends les cages. J’vous préviens, même si je joue pas goal d’habitude, y’a rien qui passera ! », lance Emma, une collégienne, en se marrant.

Plus loin, on s’active déjà pour préparer le déjeuner avec les vivres collectés par les habitants du coin. Puis une réunion s’organise pour décider d’une prise de position commune. « La préfecture a ouvert des négociations. Nous avons jusqu’à 15 heures pour formuler nos demandes », lance Cédric Herrou. Ce mercredi, décision a été prise d’occuper le lieu jusqu’à ce que les pouvoirs publics ouvrent un centre décent pour accueillir les migrants. De son côté, la SNCF, propriétaire du bâtiment, indique avoir « déposé plainte dès lundi soir à la gendarmerie de Breil-sur-Roya ». « C’est avant tout une préoccupation de sécurité pour ces personnes », dixit, ce mercredi soir, le service communication, se refusant à évoquer les suites judiciaires. Le procureur de la République, Jean-Michel Pretre, confirme, quant à lui, que « la SNCF a formulé une demande de référé devant le Tribunal de grande Instance de Nice mais qu’aucune date d’audience n’est connue pour l’heure. C’est une question de jours », assure-t-il. Contactée, la préfecture des Alpes-Maritimes ne souhaite pas communiquer sur les négociations engagées avec le Collectif Roya Citoyenne. Quant à l’éventualité d’ouvrir des centres d’accueil ou de répit dans le département, « le ministère de l’Intérieur nous a demandé de pré-identifier des sites, il y a un recensement en cours », assurent ses services.

 

 

 

 

Et si vous participiez aux Victoires des cantines rebelles ?

Réveillez le chevalier du Bio manger qui sommeille en vous. C’est en substance le message que lance l’association nationale « Un plus Bio » aux Français, du citoyen esseulé aux collectifs, des associations aux institutionnels, publics ou privés. Créée en 2002, « Un plus Bio », structure qui milite pour une restauration collective de qualité, d’avantage Bio et locale, lance ses toutes premières Victoires des cantines rebelles. L’idée : inciter toute personne ou organisme à proposer son projet pour changer la restauration collective, « aussi bien dans le secteur scolaire que dans ceux des maisons de retraite, du milieu hospitalier, des crèches, des centres aérés, des entreprises, etc », précise la structure.

« Si le bio ne représente encore que 3,2 % des repas servis hors domicile en France, certains territoires sont passés à une vitesse bien supérieure et méritent d’être mis en lumière. Les Victoires ont pour objet d’encourager la reproductibilité des initiatives exemplaires », explique-t-on chez Un Plus Bio. Seule contrainte pour les projets-candidats :  s’inscrire dans la lignée du manifeste « Quand les cantines se rebellent« , édité par l’association et signé par une centaine de personnalités aussi variées que le truculent François Morel, Alexandre Jardin (fondateur du mouvement citoyen Bleu-Blanc-Zèbre), Nicolas Hulot, Edgar Morin ou encore Pierre Rabhi. Un texte qui plaide, notamment, pour d’avantage de produits issus de l’agriculture biologique, des circuits courts, mais aussi pour en finir avec l’excès de viande de mauvaise qualité et bien d’autres enjeux de santé publique.

Envie de soumettre votre projet ? Rien de plus simple. Il suffit de remplir, d’ici au 15 septembre 2016, un formulaire de candidature en ligne sur le site de l’association. Après une première sélection de 30 projets, l’association désignera 10 lauréats dans les 10 catégories suivantes : le courage politique, l’engagement citoyen, l’approvisionnement responsable, l’ambition pédagogique, le bio au juste prix, la santé dans l’assiette, la cuisine vivante, le territoire en transition alimentaire, l’alternative au menu et le média d’investigation.

La remise des trophées aura lieu le 10 novembre 2016, des mains de personnalités publiques, au cours d’une cérémonie organisée à l’Hôtel-de-ville de Paris, dans le cadre de la rencontre nationale du Club des Territoires Un plus Bio, organisée annuellement par l’association.

Retrouvez le portrait de l’adjoint à l’Education au maire de Mouans-Sartoux, Gilles Pérole, président de l’association Un plus Bio et artisan de la conversion des cantines scolaires de la ville au 100% Bio, dans le numéro d’été de Ressources magazine.

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