Environnement

Eco-vallée : le déplacement du MIN retoqué par le Tribunal Administratif 

L’information est tombée aujourd’hui : le déplacement du MIN à la Baronne (communes de la Gaude et de Saint Laurent du Var), point névralgique de l’OIN du Var (Opération d’Intérêt National), vient d’être annulé. Le Tribunal Administratif de Nice s’est donc rangé derrière les conclusions que le rapporteur a fait valoir lors de l’audience du 12 décembre dernier. Au final, c’est le même argument retenu pour retoquer le Projet Stratégique et Opérationnel (PSO) de la même Eco-vallée le 22 juin 2017 qui a été repris sur ce dossier : l’absence d’étude d’incidences Natura 2000.
Pour Sylvie Bonaldi de l’association CAPRE 06 (Collectif Associatif pour des Réalisations Écologiques), partie civile avec l’association FNE Paca (France Nature Environnement), cette décision a davantage de poids : «  le déplacement du MIN est la clé de voûte de l’OIN. Si le maintien du MIN à son emplacement actuel ne remet pas forcément en cause le projet de pôle multimodal, alors que l’activité du MIN a été divisée par six depuis sa création, il empêche par contre la réalisation du projet de quartier d’affaires du Grand Arénas. Cette décision est beaucoup plus contraignante que pour le POS. C’est un véritable camouflet pour Christian Estrosi ». Mais l’argumentation autour de la seule carence d’étude Natura 2000 est à ses yeux insuffisante : « C’est un manque d’étude environnementale globale qu’il faut faire valoir. Si Natura 2000 prend en compte le paramètre biodiversité, il importe de mener également des études dignes de ce nom quant aux impacts sur la ressource eau, sur la pollution de l’air, etc ».

(Crédit photo : Franck TERLIN)

Plaine du Var : le transfert du MIN devant la justice

Le tribunal administratif de Nice examinait ce mardi matin le recours formé par plusieurs associations contre le transfert du Marché d’intérêt national, le MIN produits alimentaires et fleurs de Nice, sur la commune de La Gaude, dans la basse vallée du Var. Après une audience assez brève où les parties ont tout de même pu avancer leurs arguments, le tribunal a mis son jugement en délibéré sous trois semaines. Il faudra donc laisser passer les fêtes pour voir si ce transfert, pierre angulaire de l’Opération d’intérêt national de l’Eco-Vallée de la plaine du Var, est retoqué.

Que reprochent le Collectif associatif pour des réalisations écologiques (Capre 06) et la Fédération nationale de l’environnement (FNE) à cet arrêté pris le 7 décembre 2015 par la préfecture à la demande de la Métropole Nice Côte d’Azur ? D’avoir négligé, avant cette autorisation de transfert, de mener une étude d’impact sur l’environnement. Le rapporteur public, premier à s’exprimer, a d’abord balayé les arguments avancés par la préfecture et la Métropole qui remettaient en cause l’intérêt à agir de ces deux associations. Sur le fond, il a rappelé que le projet de nouveau MIN situé à La Baronne, sur la rive droite du Var, avait prévu sur 13 hectares d’accueillir pas moins de 90 entreprises, avec toutes les infrastructures logistiques et routières indispensables à son fonctionnement. Et le rapporteur public a clairement été dans le sens des plaignants, en affirmant que « le défaut d’étude d’impact constitue une irrégularité substantielle de procédure » dans une zone classée Natura 2000, avant de conclure en demandant « l’annulation de l’arrêté et le versement aux associations de la somme de 2 000 euros ».

« Intervenir avant qu’ils construisent »

Serge Castel, directeur départemental des territoires et de la mer, représentant de la préfecture, a alors tenté de convaincre le tribunal que « l’arrêté préfectoral ne fait qu’acter un principe de transfert », ajoutant que « le PLU de La Gaude a fait l’objet d’une étude environnementale » et que le futur PLU métropolitain fera lui aussi l’objet d’une telle étude. Même argument pour la défense de la Métropole qui a souligné que le permis de construire du futur MIN ne pourra se passer d’une étude d’impact « beaucoup plus poussée », avec les bâtiments frigorifiques et les accompagnements routiers qui sont prévus, et plaidant pour que « l’étude d’impact soit placée au bon moment » mais pas maintenant, « très en amont ».

Cette question du timing est bien la pierre d’achoppement du débat, comme le rappelait après l’audience Sylvie Bonaldi, la représentante de Capre 06, qui avait déjà obtenu en juin dernier devant la justice administrative l’annulation du Plan stratégique d’orientation (PSO) de l’Eco-Vallée. « On intervient justement en amont pour qu’ils n’aient pas le temps de construire et de faire seulement après l’étude d’impact, comme cela a déjà été le cas ailleurs dans la plaine du Var », expliquait-elle.

Derrière cette bataille juridique, deux visions du développement s’affrontent. D’un côté, la Métropole et l’Etat, engagés au nom de l’économie et de l’emploi dans une vaste opération d’aménagement de la plaine du Var qui passe impérativement par ce déménagement du MIN. En quittant son emplacement actuel, à proximité de l’aéroport, il libèrera un espace pour le projet de « Grand Arénas », qui doit comporter des bureaux et un centre des congrès géant. Les associations dénoncent au contraire cette boulimie de mètres carrés de bureaux à caractère purement spéculatif, selon elles, et, au-delà, plaident pour le maintien de terres agricoles dans la basse vallée du Var. En rappelant, au passage, que la Directive territoriale d’aménagement (DTA), seul texte opposable aux décisions de l’Etat, prévoie la compensation d’un total de 70 hectares de terres agricoles entre La Gaude et Saint-Jeannet et que pour l’heure, le compte n’y est pas, certaines terres proposées en compensation n’étant tout simplement pas, selon ces militants associatifs, cultivables.

Texte et photo : Vincent-Xavier Morvan

Sur la côte, la jeunesse de Méditerranée livre ses projets durables

Tunisie, Croatie, Grèce, Italie, Espagne, Albanie… Il y a quelques jours, la Citadelle de Villefranche-sur-Mer a pris des allures de bastion international. A l’invitation du niçois Centre de découverte du monde marin (CDMM), 70 jeunes, venus de contrées ayant toutes en commun la même mer, ont fait le déplacement. Dans leur sac à dos, des bonnes idées « développement durable », mises en application ces derniers mois dans leur pays respectif. Tous venaient les présenter dans le cadre des Assises Jeunes et Méditerranée, un rendez-vous annuel créé il y a 17 ans par Richard Chemla, fondateur du CDMM. « A l’époque, on m’a pris pour un fou. Il faut replacer ça dans son contexte : l’Union pour la Méditerranée n’existait pas, le processus de Barcelone n’avait pas encore abouti… », se souvient-il. Mais pas de quoi décourager ce rêveur épris de mer et de protection de l’environnement, qui misa sur une constatation toute simple qui avait alors titillé son bon-sens. « Je voyais, de Palavas-les-flots à l’Italie, les mêmes poissons peupler la mer. Eux ne connaissent pas les frontières des pays méditerranéens. De cette mer, on connaît aussi le courant de Gênes qui fait que, si vous jetez un bouchon de bouteille à Nice, il se retrouvera en une semaine à Toulon. Il m’est apparu comme une évidence que, si on voulait protéger la Méditerranée, il fallait que les différents peuples de ce bassin se rencontrent », analyse Richard Chemla qui croit aussi à l’intérêt suprême de l’écologie comme arme de réunification géopolitique.

Du docu en Tunisie, de l’aide aux réfugiés en Grèce….

Pris sous le prisme de la jeunesse, cet événement, devenu un rendez-vous annuel, réuni donc une sélection d’adolescents et de jeunes adultes de tout le bassin, venus présenter leurs projets durables pour la Méditerranée. L’occasion de se nourrir des initiatives et de créer des synergies. Il y a quelques jours, à Villefranche, on apprenait ainsi qu’en Grèce, sous l’égide du ministère de l’Education, l’éducation environnementale était un cycle d’apprentissage s’adressant aux élèves de tous niveaux et de tous âges. Sur l’année scolaire 2015-2016, 8 650 projets ont ainsi été développés dans ce cadre-là. Et pas moins de 135 000 enfants du pays ont ainsi pu en bénéficier. Parmi eux, un groupe d’ados présent à Villefranche qui avait ainsi pu mettre en place des actions aussi variées que la création de jeux et d’activités pour les enfants de réfugiés affluant vers la Grèce ; ou encore l’étude de l’impact du changement climatique sur la mer… En Croatie, l’école secondaire la plus importante de la côte Sud-Est a, quant à elle, produit un travail des plus fouillés sur la Congeria, une espèce de mollusque en voie de disparition, en produisant relevés et analyses dans un estuaire du secteur. Ces derniers ont même créé une campagne de protection en ligne. Du côté des rives du Maghreb, une équipe de jeunes tunisiens, sous l’égide d’une association de protection de l’environnement, a réalisé  ses propres films documentaires et interviewé des agriculteurs sur l’impact du changement climatique sur leur travail….

 

Echanges d'idées et rencontres étaient au menu à Villefranche-sur-Mer. (c) CDMM

Echanges d’idées et rencontres étaient au menu à Villefranche-sur-Mer. (c) CDMM

Construire des ponts entre deux rives 

En Italie, à l’initiative de l’Aire marine protégée de Punta Campanella, situé dans le Sud, des ponts entre les deux rives de la Méditerranée ont même été construits. Les biologistes du parc ont accueilli quatre jeunes bénévoles européens pour mener des actions de sensibilisation des estivants aux bonnes pratiques durables dans la baie. « Avant d’y aller, je ne savais pas ce qu’était la biodiversité. En Italie, j’ai pu voir des espèces que je n’avais jamais vues avant, j’ai appris à faire du kayak, à récupérer les déchets pendant une plongée. Une super expérience », témoignait à Villefranche un jeune volontaire tunisien. « Ce qui est important pour nous, c’est de former ces jeunes pour qu’ils deviennent eux-mêmes des ambassadeurs du développement durable », explique l’un des encadrants italiens.

Former la jeunesse pour capitaliser sur un avenir plus éco-responsable en Méditerranée, c’est en somme le défi que se sont fixées ces Assises. « Le but, dans un monde de plus en plus virtuel, c’est surtout de générer des rencontres. Ces 70 jeunes seront désormais liés, s’enthousiasme Richard Chemla. Une manière de dire aussi qu’en Méditerranée, malgré nos différences de cultures, le sang est rouge partout », ajoute le fondateur du Centre de découverte du monde marin, qui n’oublie pas le pilier « social » du développement durable. « L’environnement est un moyen. Le but final, c’est l’humain. En Méditerranée, il y a tellement de souffrances…. La Méditerranée du Nord se doit aussi de les comprendre, de les partager, sans donner de leçon. Et d’apprendre également de ce qui se fait ailleurs, en oubliant les vieilles postures de colonisateurs », place-t-il. Dans son discours inaugural, en présence des huiles locales, le président du CDMM ne s’est ainsi pas privé d’aborder la question des migrants. « Parce qu’on ne peut pas accepter, qu’en 2016, des jeunes de 17 ans meurent sur nos côtes », tance-t-il.

Retrouvez « Chroniques méditerranéennes », notre nouvelle rubrique sur les bonnes initiatives développement durable ailleurs en Méditerranée, dans votre prochain numéro de Ressources. Sortie prévue le 15 décembre 2016. 

Semaine du développement durable : notre sélection

Du 30 mai au 5 juin, c’est la Semaine européenne du développement durable. Si au sein de la rédaction de Ressources magazine on préférerait qu’il soit à l’honneur 365 jours par an, on vous a tout de même concocté notre sélection azuréenne des événements au programme.

  • Deux jours de bons plans verts à Roquefort et au Rouret. L’association Happy au Rouret organise sa 7ème fête Nature & Partage. Loin des simples fêtes des jardins qui fleurissent traditionnellement au printemps, l’événement est surtout une mine de bonnes idées et l’occasion de rencontrer les acteurs locaux de la transition. On commence ce vendredi 27 mai, à 19h30, au cinéma Le Pavillon bleu de Roquefort-les-Pins, avec la projection du magistral film-documentaire Demain, signé Cyril Dion et Mélanie Laurent, suivi d’un débat avec les Colibris 06. Le lendemain, grande journée au Rouret avec stands d’infos et ateliers protection de la nature, troc aux plantes, produits Bio, yoga, partages de connaissance autour du broyage et du compostage ou encore du bouturage, rencontre avec Terre de liens, la NEF

*L’équipe de Ressources magazine sera présente sur ces deux rendez-vous pour vous présenter notre numéro #4 ! 

Ce vendredi 27 mai à 19h30, à Roquefort-les-Pins (cinéma Le Pavillon bleu) et ce samedi 28 mai 2016 au Rouret, de 10 heures à 18 heures. Programme complet –> ici

  • Monter sa start-up sociale ou environnementale à Toulon. Dès ce samedi 28 mai, plusieurs associations, dont la Jeune chambre économique de Toulon et sa région, invitent les entrepreneurs en herbe à son « Sense fiction day ». Une journée, ouverte à tous pour mettre en forme son projet de start-up sociale ou environnementale inspirée par l’économie circulaire, la valorisation des déchets, le gaspillage alimentaire, l’alimentation durable ou tout autre enjeu du développement durable. De quoi passer de la penser aux actes.

Ce samedi 28 mai 2016, chez TNT Innovation, place Georges Pompidou à Toulon, de 13h30 à 17h30. Gratuit sur inscription au 06.78.10.29.44. Plus d’infos –> là !

  • Dans les coulisses de l’économie circulaire à Vence. Mardi 31 mai, les curieux ont rendez-vous à Vence où l’entreprise Cartouche-Vide.fr ouvre ses portes. Créée en 2001, cette société est spécialisée dans le traitement des déchets, particulièrement dans le réemploi des cartouches vides jet d’encre sur le Net en France. En 2015, elle revendique 599 530 € reversés à ses clients pour le rachat de leurs cartouches. Comment ça marche ? Venez vous renseigner à la source.

Portes ouvertes de 9 heures à 17 heures, ce mardi 31 mai 2016, 1880 chemin de la plus Haute Sine, à Vence. Entrée livre. 

  • Des clés pour mieux s’alimenter à Nice. Vendredi 3 juin, à 18h30, direction la Maison de l’environnement de Nice pour la conférence « Mieux manger pour sa santé et celle de la planète ». Un naturopathe diplômé y interrogera notre conscience de consommateur et alimentera nos réflexions sur des thèmes tels que le manger local, bio, la malbouffe, l’eau en bouteille et ses alternatives, la viande et ses alternatives…

Entrée libre vendredi 3 juin 2016, à la Maison de l’environnement, 31 avenue Castellane à Nice. Infos au 04.97.07.24.60.

Et aussi…

  • « Nice solidaire du monde », les 27 et 28 mai. La ville, en association avec de nombreux organismes humanitaires, organise deux journées tournées sur la solidarité internationale. Coup d’envoi ce vendredi de 20h30 à 22 heures avec un concert à la Maison des associations de la place Garibaldi, dont la totalité des recettes est reversée à Amnesty international. La suite, c’est samedi, à même la place, de 10 heures à 20 heures. L’occasion de (re)découvrir les actions des associations Unicef 06, Handicap international, Artisans du monde, Amadea Madagascar, Amnesty international, Secours populaire français, ATD quart monde ou encore la librairie engagée Mots du monde.

Ce vendredi 27 mai et ce samedi 28 mai 2016, place Garibaldi à Nice. Tarif du concert de vendredi soir : de 8 € à 12 €. Infos au 04.92.17.37.68 ou –> par là

Envie que votre initiative durable rejoigne notre programme ? Vos infos à redaction@ressourcesmagazine.fr / Objet du mail : SEMAINE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE 

Cinq raisons d’aller voir le film « Le potager de mon grand père »

Quatre ans après Super trash, ce film hybride pour les besoins duquel il avait vécu pendant plusieurs mois en immersion dans la décharge de la Glacière, à Villeneuve-Loubet, l’Azuréen Martin Esposito refait parler de lui dans les salles. Il y présente en ce moment, dans toute la France, son second long-métrage, Le potager de mon grand-père, sélectionné hors compétition lors du dernier Festival international du film d’environnement, en avril dernier. Dans ce film-documentaire sensible, c’est à son papi que le réalisateur s’en remet pendant près de deux années. C’est lui qui va lui apprendre, simplement, comment cultiver son jardin, créer ses semences,  respecter les saisons et la nature, se nourrir… Une leçon de chose et de transmission aussi naturelle que touchante. Cinq raisons de ne pas passer à côté de cette petite pépite durable Made in chez nous.

  • Pour le retour aux sources. « Après Super trash, j’avais déjà cette envie d’un retour aux sources, à la famille, aux valeurs de la terre. Malheureusement, à la sortie du film, ma grand-mère est décédée… J’ai compris que le temps passait vite et qu’il fallait absolument que je fasse un film sur mon grand-père, sur la transmission et l’amour. J’ai décidé de faire cette immersion totale dans son potager, sorte de Karaté kid, d’apprentissage de la vie », détaille Martin Esposito. Partant de son histoire familiale et donc très personnelle, il réussit cependant à nous transmettre quelque chose d’éminemment universel : l’importance des anciens, de la transmission de leur savoir, de ce retour aux sources, à la source de l’information. Comment se transmettent les semences, à quel moment les planter, pourquoi vaut-il mieux bannir le motoculteur, comment respecter la terre, les saisons, les lunes… ? Spectateur, on boit, comme du petit lait, les conseils et les explications que ce grand-père délivre à son petit-fiston. Plus qu’une curiosité, une leçon. « Trop de personnes âgées sont seules alors que nous avons tant à apprendre d’eux, de leur vie, de leurs expériences », souligne Martin Esposito. Cruellement vrai.
  • Pour s’émouvoir. Stylisé et un brin sensationnaliste, Super trash avait pu hérisser le poil de quelques spectateurs… Bien que très forte, cette dénonciation de l’opulence de notre société, surproductrice de déchets, souffrait tout de même d’un excès de mise en scène que d’aucun trouverait parfois too much – moi la première. Rien de tout cela dans Le potager de mon grand-père, bien au contraire. Traité avec humilité et beaucoup de douceur, ce thème de la transmission donne lieu à des moments d’une émotion rare. Outre les scènes évidemment touchantes où le grand-père évoque directement la disparition de sa douce et la solitude qui en découle, ce sont des silences et des petits moments du quotidien que l’émotion jaillit aux coins des paupières, sans crier gare.
  • Pour saliver. Du potager à la cuisine, il n’y a que quelques pas, que Vincent, ce fameux grand-père, tendre et bourru, franchit en permanence. Il faut le voir cueillir ses tomates, les ébouillanter, les épépiner, pour en tirer un coulis rouge pétant qu’il mélange dans ses bocaux avec des fleurs de basilic, avant de les classer méticuleusement par année sur ses étagères… Il faut retenir ses « mmmmmm » quand le bonhomme saisit une aubergine striée, la coupe en grande tranche, la couche dans un plat à gratin avant de recouvrir le tout de sauce tomate et de parmesan… Il faut encore étouffer les cris de son estomac quand il ramasse ses figues fraîches, ses mandarines pour en garnir son panier en osier. Véritable hymne au bien-manger et à la terre nourricière, Le potager de mon grand-père donne envie de filer se mettre à table une fois ses fesses levées du fauteuil rouge de la salle de ciné. Et de boycotter à tout jamais les fast-food.
  • Pour rire. Faire passer le spectateur de la larmichette au bon gros éclat de rire, voilà une corde supplémentaire à l’arc de ce film. Avec sa gueule de ciné et son franc-parler de monsieur qui n’en a jamais fait, Vincent, le grand-père, a la puissance d’un humoriste qui s’ignore. Ces monologues sur l’importance des lunes en matière de pousse des légumes n’ont rien à envier, par leur complexité, à quelques sorties improbables et cultes d’un Jean-Claude Van Damme. De ses échanges familiers et vrais avec son petit-fils naissent aussi des moments d’anthologie. Comme cette fois où Martin Esposito, qui s’est lancé, lui, dans un potager en permaculture, se gargarise de ne pas avoir eu à arroser ses tomates pour qu’elles poussent avant que son papi, sourire malin et accent à couper à l’Opinel, n’avoue : « bin moi je te les ai arrosées, elle serait pas comme ça sinon« .
  • Pour passer à l’action. Au fil du film, on a surtout envie de sortir bloc-note et crayon pour ne pas perdre une miette des bons conseils du grand-père, qui cultive sa terre sans aucun pesticide ni traitement, réalise ses propres semences, est totalement incollable en matière de cueillette des champignons, connaît les bons coins en montagne pour aller chercher son humus garni d’épines de pin, idéal pour enrichir sa terre… Par la comparaison omniprésente entre le grand-père et la tantine de Martin Esposito, qui cultive elle aussi un lopin de terre à côté du sien, dans le vallon d’Antibes, selon des techniques toutes différentes (motoculteur, traitement anti-insectes etc.), ce sont les bonnes et les mauvaises pratiques qui sautent aux yeux. Idem quand Martin Esposito, nourri par les conseils de son aïeul, va au-delà en se lançant dans un potager exemplaire en permaculture. On regrette presque, en fin de séance, que le papi et son petit-fils n’aient pas encore pris la plume pour écrire un petit précis de jardinage à ramener dans notre bibliothèque…

Le potager de mon grand-père, à l’affiche dans près de 300 salles en France. Dates et lieux de projections –> par là.

Vincent, le grand-père de Martin Esposito, est aussi incollable en cueillette des champignons !

Vincent, le grand-père de Martin Esposito, est aussi incollable en cueillette des champignons !

Photos (c) Martin_Esposito

 

 

Au lycée horticole d’Antibes, des experts en herbe du développement durable

Ça phosphore au lycée agricole et horticole Vert d’Azur d’Antibes ! Ce vendredi 29 avril, l’établissement, sous tutelle du ministère de l’Agriculture, organisait son premier « Forum du développement durable ». Un événement qui a vu déferler dans la cour près de 500 élèves, du CP à la seconde, échappés de 18 classes du secteur de la Communauté d’agglomération Antibes – Sophia-Antipolis (Casa).  « Depuis 3 ans, la collectivité propose aux établissements de financer des projets autour du développement durable, dans le cadre de son programme Activ’ ta terre. Notre idée avec ce forum, c’est de réunir tous les jeunes participants le même jour pour qu’ils présentent leurs travaux et fassent connaissance », détaille Chrystelle Pessey, professeur d’écologie chez Vert d’Azur et organisatrice de l’événement.

Plus loin, ses élèves de seconde sont d’ailleurs à l’oeuvre, en pleine présentation de leur jeu de 7 familles autour des légumes de saison face à des petites têtes de primaires, visiblement conquises. « On l’a conçu pour permettre aux joueurs de se rendre compte en s’amusant que ce qu’ils croient savoir sur les légumes est souvent faux. Par exemple, on y apprend que la carotte n’est pas un légume d’hiver mais d’été », explique Justine, 15 ans. A quelques stands de là, les jeunes pousses d’une classe de CP de l’école Noël Lanza, à La-Colle-sur-Loup, s’activent pour vanter les mérites de l’hôtel… à insectes. Sarah, 7 ans, incollable sur la question, nous met au parfum : « En fait, c’est un endroit pour abriter les insectes en hiver. Je trouve que c’est bien parce que, les insectes, ils protègent la nature, nos plantes des moucherons et tout. »

« Depuis ces dernières années et d’autant plus celle-ci avec la Cop 21, la sensibilisation au développement durable prend une place de plus en plus importante à l’école, enchaîne Sandrine Franck, son institutrice. Ce qu’on constate, c’est que les enfants sont très sensibles à ces thématiques. Sur ce projet, ils ont compris que les insectes, qui avaient plutôt tendance à les écœurer, peuvent en fait nous apporter beaucoup. Certains ont un rôle nettoyeur, d’autres protègent le potager et évitent d’utiliser des pesticides », souligne l’enseignante.

Briser quelques idées reçues, c’était aussi la mission de cette classe de 6e du collège Bertone d’Antibes, croisée en pleine opération réhabilitation de l’abeille. « Une abeille, à la base, ça fait peur. Mais elles sont très utiles, parce qu’elles fabriquent le miel, qu’elles permettent aux plantes de pousser. Il faut les protéger », prévient Nacir, 11 ans. Tandis que Lukas, 11 ans « et demi », s’attelle à faire goûter différentes sortes de miels pour en percer les subtilités. « Ça fait plusieurs cours de SVT qu’on travaille sur ce sujet. Mais aujourd’hui, c’est bien, parce que ça change de d’habitude : on peut présenter notre travail, on est un peu les profs », analyse l’élève. Thibaud, lui, montre fièrement sur tablette l’un des mini-films réalisés par la classe sur le sujet, et présenté un peu plus loin à une nuée d’écoliers.

Enfantins ou plus fouillés, les projets présentaient tous un intérêt commun bien plus poussé : impliquer, responsabiliser, valoriser, faire, en somme, de ces 500 petits experts des éco-citoyens en herbe, capables d’essaimer dans leur propre famille. « C’est le cœur du programme Activ’ ta terre, à la base de ces projets, étaye Fabienne Guitard, chargée de mission sensibilisation-animation au sein du service environnement de la Casa. En 2003, quand nous avions commencé à travailler avec des enfants autour du tri sélectif, on avait tout de suite vu les effets. Des parents nous disaient : on ne peut plus jeter n’importe quoi dans la poubelle sinon on se fait engueuler. Les élèves passent très bien les messages ».

Lancée, elle, il y a 3 ans, l’initiative « Activ’ ta terre » réserve chaque année une enveloppe de 30 000 € (1000 € par projet) pour soutenir les établissements volontaires de la Casa. Le deal pour les partants : « mettre en place une action de sensibilisation de proximité sur une thématique développement durable, en créant avec les élèves un outil pédagogique ou de communication, récupérable et utilisable par les collectivités de la Casa », ajoute Fabienne Guitard. Avis aux intéressés : l’appel à projet pour l’année scolaire 2016-2017 est en cours.

Plus d’infos par mail : environnement@agglo-casa.fr

Photo (c) A_Selvi / Film (c) Colllège_Bertone_Antibes

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